En défense de Tongo Doumbia: que fait l’UNFP?

UN RÉQUISITOIRE RADIOPHONIQUE QUI NE SUSCITE AUCUNE RÉACTION

Membre de la "Dream Team" de RMC Infos, consultant de l'émission l'After Foot, Daniel Riolo est aussi un spécialiste et un supporter du PSG, auteur de plusieurs ouvrages.
Membre de la « Dream Team » de RMC Infos, consultant de l’émission l’After Foot, Daniel Riolo est aussi un spécialiste et un supporter du PSG, auteur de plusieurs ouvrages.

« Les footeux ne sont pas au-dessus des lois ! » est une des nombreuses maximes assenées par Daniel Riolo lors de l’AfterFoot du mercredi 26 août. Son avis tranché, qui n’a pour ainsi dire rencontré aucune contradiction de la part de ses compères de studio, a gentiment été retranscris sur le site de RMC infos1. Mais quand il nous dit ça, on a un peu l’impression d’être pris pour des idiots. Comment un joueur qui vient d’être condamné, sans clémence particulière, à 8 mois ferme et à 10 000 euros d’amende, peut-il être « au-dessus des lois »? Quand il exprime ça, le journaliste a en réalité autre chose en tête car selon lui Doumbia ne devrait même plus porter le maillot violet : « Si j’étais Sadran, je le mettrais dehors. Ce qu’il a fait est scandaleux. Il a quand même mis la vie de gens en danger. »

Une opinion qui prend vite la forme d’un réquisitoire rendu dans cette émission quotidienne sur une radio grand-public. Il se sert ici de l’antenne comme d’une tribune pour y marteler son idée fixe, oscillant entre exagération, disproportion et droiture spectaculaire : « Si ce n’est pas un footeux, le mec, il est viré. Il est condamné à de la prison et des gens vont aller l’applaudir dans un stade de foot parce qu’il met un but ? Mais c’est quoi un but ? On s’en fout, par rapport à ce qu’il a fait, le gars ! Il faut ouvrir les yeux. » Le supporter toulousain invité quelques minutes à l’antenne pour donner son point de vue s’avérera être un piètre défenseur du joueur, écrasé par la verve d’un Riolo  aux convictions tranchées sur la relation Football-Justice, et qui s’emporte : « Moi, je suis supporter d’un club, je m’en fous qu’il marque des buts. Je ne veux pas de sales mecs dans mon équipe. » Les auditeurs n’étant pas au jus et prenant l’émission en cours, doivent se demander quel crime horrible a pu commettre le joueur.

Il ne s’agit pas de chercher d’excuses à Tongo Doumbia, ce que personne ne fait, pas même lui, mais au minimum de veiller à ne pas le juger une seconde fois, à l’inverse des sentences, mot étonnement approprié, de Daniel Riolo. Visiblement ce soucis n’est pas à portée de tout le monde, et les propos du journaliste reflètent un inquiétant consensus au sujet de cette histoire.

Alors qu’un joueur condamné pour défaut de permis de conduire et d’assurance, dans la bouche de Daniel Riolo devient « un sale mec », on attend toujours la réaction de l’Union Nationale des Footballeurs Professionnels, le syndicat des joueurs. On ne va pas faire les mijaurées, « sale mec » y a bien pire comme injure, mais tout de même. Bien que Tongo Doumbia soit une personne publique et qu’il s’expose en conséquence à la critique, il y a là une forme de bashing radiophonique, et donc une réelle matière à prendre position quand on prétend défendre les intérêts de footballeurs professionnels. Or, l’UNFP n’a, à ce jour, apporté aucun soutien publique au joueur face à la vindicte.

La couverture médiatique de la L1 qui n’a cessé de s’étendre depuis la fin des années 80, s’appuie aujourd’hui sur pléthore d’émissions spécialisées qui font en grande partie leur succès sur la prestation de leurs intervenants starisés. Ceux-ci le sont d’autant plus quand les émissions auxquelles ils participent n’ont pas d’image ou de reportage à proposer, comme c’est généralement la cas à la radio. Et RMC, c’est bien connu, fait d’ailleurs du talk-show sa marque de fabrique, et l’applique au sport. Cette offre médiatique multiplie les angles d’observation des faits et gestes de la L1 et des joueurs. En contrepartie, à ce niveau d’exposition, les joueurs ne sont pas défendus en conséquence. Un isolement dont ils sont en partie responsables, mais qui est constitutif du football moderne qui a érigé l’individualisme en règle. L’existence d’une solidarité entre joueurs dont les intérêts sont plus qu’individualisés (négociations individuelles, chacun ont leur « conseiller »…) est devenue hypothétique.

Soit, mais n’est-ce pas le rôle de l’UNFP que d’intervenir en soutien d’un joueur qui se fait médiatiquement attaquer ? Riolo est dans son droit, quand il assène ses avis crus, c’est même pour ça que son patron le paye. Le problème, c’est l’absence de réaction de la profession, que ce soit de la part des collègues joueurs de Tongo Doumbia, ou bien évidemment de leur syndicat qui se vante en plus de syndiquer 93 % des footballeurs professionnels français. Alors, comment interpréter ce silence ? Est-ce parce qu’il a été condamné par la Justice ? Quand Patrice Evra, qui s’était livré à un règlement de compte publique avec plusieurs consultants sportifs, était sous les feux médiatiques en 2013, le syndicat n’a pas hésité à voler à son secours2. A cette occasion, l’UNFP déclarait : « «Au nom de la liberté de la presse et de la surenchère générée par les nouveaux médias, certains pensent pouvoir tout dire, sans jamais en assumer les conséquences, sans jamais mesurer le mal qu’ils peuvent faire souvent… Surtout sans jamais être critiqués en retour.» Quel que soit ce qu’on pense d’Evra, la réaction syndicale était justifiée. Alors certes, à la différence du joueur de l’équipe de France, Doumbia se fait harponner par Riolo à propos de faits extérieurs à son métier de footballeur. Mais, en se prononçant en faveur du licenciement du joueur dans ce type de cas, le journaliste ne l’attaque-t-il pas dans sa condition de salarié?

Le droit du journaliste n’est pas en question. C’est son rôle. Nous sommes dans le cadre d’un rapport de force engagé par la presse. Les joueurs doivent y répondre, mais leur réalité les a mis en ordre dispersé. Au niveau de Doumbia, ce qu’on était en droit d’attendre de l’UNFP n’est pas bien énorme. Il s’agissait bêtement de rappeler dans un premier temps que les joueurs ont des contrats régis par le droit du travail. Un communiqué, comme elle l’a fait pour Evra, ce n’est pas grand-chose non ? Si l’UNFP n’intervient pas pour épauler Doumbia, à quoi fait-elle référence quand elle évoque dans sa présentation sa mission de « défense des droits et des intérêts des footballeurs professionnels évoluant en France et, via la FIFPro, dans le monde.3 »?

Dominique Arribagé, coach du Téfécé qui a confirmé que de ne pas emmener Tongo Doumbia lors du déplacement à Rennes le 29 août dernier, n'était pas une sanction: "Je considérais que ce n'était pas une bonne idée, par rapport à ce qui s'est passé, de rajouter de la difficulté ce soir. Il nous rejoindra rapidement."
Dominique Arribagé, coach du Téfécé qui a confirmé que de ne pas emmener Tongo Doumbia lors du déplacement à Rennes le 29 août dernier, n’était pas une sanction: « Je considérais que ce n’était pas une bonne idée, par rapport à ce qui s’est passé, de rajouter de la difficulté ce soir. Il nous rejoindra rapidement.« 

Seul le coach, Dominique Arribagé, bien obligé de céder au protocole de la conférence de presse de l’avant-veille du match, s’est exprimé de manière millimétrée au sujet de son joueur et c’est l’une des rares interventions qui ne l’accable pas : « C’est sa vie personnelle …. Moi, je ne suis pas au courant de tout. Voilà, il a sûrement fait une erreur, c’est la justice qui voit ça avec lui directement. Il a été jugé ou il sera jugé pour ça tout simplement. Moi, je ne suis pas là pour juger sa vie personnelle, je suis là pour juger sa vie sportive et en tout cas avec le groupe, c’est quelqu’un qui a toujours été irréprochable donc je ne peux pas en dire plus. […] Je crois que c’est surtout le joueur qui vit une période, j’imagine, un peu compliquée. Mais bon, il saura assumer ce qu’il a fait et le groupe saura réagir par rapport à ça, il n’y a pas de problème. »

Le coach doit éloigner les ondes négatives de son groupe et maintenir la concentration, c’est vrai, mais on ressent une sincère indulgence, appropriée et tout à coup bien raisonnable par rapport à tout ce qui a été dit. D’ailleurs, le club aura plutôt la main légère avec Tongo Doumbia, en ne lui demandant que de consacrer cette saison « 50 heures de son temps aux actions sociales, éducatives et citoyennes de sa Fondation ou en collaboration avec la Sécurité Routière si celle-ci le souhaite. »

L’APRÈS-KNYSNA 4 ET L’IMAGE DÉGRADÉE DES FOOTBALLEURS

Si certains donnent le bâton pour se faire battre, on ne peut pas nier que depuis le retour de la Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud, les regards scrutant les moindres frasques de joueurs, souvent jeunes et en proie à une notoriété aussi soudaine que brutale, se sont accentués avec une fâcheuse tendance aux amalgames.

Une chronique de la guerre entre Samir Nasri et les médias. Cela illustre bien ce fossé qui s'est creusé depuis 2010.
Une chronique de la guerre entre Samir Nasri et les médias. Cela illustre bien ce fossé qui s’est creusé depuis 2010.

La tolérance zéro affichée par Daniel Riolo à l’antenne résonne comme un écho à tous ces battages médiatiques autour de joueurs qu’on accuse tour à tour de ne pas respecter la France ou de ne pas avoir peur de l’autorité. Le journaliste de RMC Infos s’inscrit, probablement sans le vouloir, dans le sillage des intervenants médiatiques réguliers que sont Eric Zemmour ou Alain Finkielkraut. Bien que, contrairement à Riolo, on ne puisse pas en faire des connaisseurs de football, ils se gênent rarement pour instrumentaliser un événement sportif comme par exemple ils l’ont fait quand il s’est agi de fustiger l’attitude des grévistes de Knysna5.

Leurs interventions sont à replacer dans une offensive idéologique prônant le renforcement de l’autorité de la nation. Leur principale cible est un ennemi intérieur qu’on retrouve dans une partie de la jeunesse des quartiers populaires, qui dans la bouche de ces divers chroniqueurs de la vague des « nouveaux réacs », serait forcément « islamisée », et présenterait donc un danger pour les valeurs de la France, comme si celles-ci étaient si merveilleuses. On retrouve en substance des bouts de cet argumentaire dans le bouquin de Riolo, Racaille Football Club6, sorti en 2013, soit trois ans après Knysna, mais aussi peu après l’histoire qui a opposé Samir Nasri au journal L’équipe7, ou encore les écarts de conduite de quelques membres de l’équipe de France espoir8.

Depuis Knysna une guerre s’est ouverte avec les médias. Ceux-là ont vu, avec l’extension des plages de couverture de l’actualité du football, leur pouvoir, considérablement se renforcer. La liberté de ton fait de plus en plus partie de l’offre commerciale des différents médias, sur le modèle de pays comme l’Espagne ou l’Italie. Ce qui, en plus d’assurer la promotion de sa boutique à travers des buzz, d’importants outils politiques. Dans cette optique il arrive de plus en plus souvent que des joueurs soient pris en grippe par les médias ou des consultants. Et là on ne parle plus de Zemmour ou Finkielkraut, mais de personnes qui côtoient le petit monde footballistique depuis plusieurs années et interviennent dans les émissions spécialisées. Ce qui signifie aussi que leur avis pèse et a vocation à faire autorité. Face à cela, les joueurs peuvent être amenés à se défendre. Ce qui est légitime. Mais pour cela il faut qu’ils soient armés et soutenus, en théorie par l’UNFP.

Endossant une cape de chevalier blanc pour soutenir Patrice Evra, le syndicat a littéralement snobé Tongo Doumbia. Pas du rang de l’ancien capitaine du naufrage sud-africain ? Ou alors l’UNFP n’ a pas voulu se montrer solidaire d’un joueur condamné par un tribunal correctionnel, donc « délinquant » au yeux de la société ? Quel est le problème ?

Cette image de gamins issus des quartiers défavorisés gagnant soudainement beaucoup d’argent et perdant le sens des réalités semble leur coller un peu trop à la peau9. C’est vrai, le profil et la mentalité des joueurs ont complètement changé depuis les années 60 et les photos de la lutte contre le contrat « à vie » ont cruellement jauni10. Les joueurs ont un projet de carrière propre et le rapport qu’ils ont à leur métier en a logiquement été personnalisé. Les contrats courts et le fait qu’il s’agisse souvent de salariés ultra-privilégiés (au moins le temps de leur carrière) n’incitent ni à la contestation, ni à la solidarité. La question sociale est devenue poussiéreuse et lointaine, le projet étant la réussite personnelle rapide. Ceci dit, le syndicat non plus n’incite pas à la solidarité et encore moins à la contestation. Il préfère de loin la concertation, un peu sur le modèle du syndicalisme allemand ou scandinave, adaptés à l’extrême mobilité qui est exigée des salariés dans ces pays. En gros, le syndicat devient une structure co-gestionnaire qui accompagne le mouvement sans trop broncher et qui légitime par sa présence dans les instances le fonctionnement actuel. Cette inclinaison pour la concertation lui donne une image polissée et se fait le plus souvent au détriment du joueur quand il se retrouve au cœur d’un conflit. C’est ce que confirme Vikash Dhorasoo qui, licencié par le Paris Saint-Germain en 2006, n’a à aucun moment été soutenu par le syndicat: «J’ai payé ma cotisation pendant dix ans et personne ne m’a soutenu à ce moment-là. De toute façon, la seule chose qui les intéresse  c’est d’organiser les Oscars du foot.11 »

Les Trophées UNFP récompensent les meilleurs footballeurs de la saison. Ce que Vikash Dhorasoo nomme "les oscars du foot". Un évènement organisé donc par le syndicat avec son partenaire l'émission du Canal Football Club, sur la chaîne Canal +.
Les Trophées UNFP récompensent les meilleurs footballeurs de la saison. Ce que Vikash Dhorasoo nomme « les oscars du foot ». Un évènement organisé donc par le syndicat avec son partenaire l’émission du Canal Football Club, sur la chaîne Canal +.

Le football a toujours été plus ou moins du business, mais un vrai virage spectaculaire-marchand a été pris dans la foulée et l’enthousiasme libéral de l’après 98. Ouvrant un cycle sportif qui s’est refermé un peu plus de dix ans après avec Knysna. Cet échec sportif a engendré tout un branle-bas de combat politique dans les instances du football français et un appel à la remise à plat, pour ne pas parler de restructuration, notamment en terme de formation, avec un contenu moral non-dissimulé. Et quand Daniel Riolo s’en prend à certains joueurs dans son bouquin, ce n’est pas gratuit. C’est porté par un idéal, celui d’une industrie du football calqué sur la NBA, dans laquelle il voit un modèle entrepreneurial.

La NBA, prise en exemple dans son Racaille Football Club, a été de nouveau citée par Riolo lors de l’After Foot : « Tongo Doumbia ? En NBA, il n’aurait plus de club, il serait viré sur le champ. » ou encore « Prenons exemple sur la NBA et sa gestion des comportements… ». Effectivement, le langage des joueurs, leur code vestimentaire, et leurs attitudes y sont surveillés de façon très stricte. Depuis 2005, les autorités de la NBA interdisent le port des tenues vestimentaires ‘urbaines’ lors des apparitions officielles avec leur équipe aux joueurs qui doivent donc se trimbaler en costume. Tout ça bien sûr pour ne pas effrayer la classe moyenne blanche qui garnit les gradins de la NBA. François Manardo, ancien chef de presse de l’équipe de France, notamment lors du Mondial 2010, renchérit en s’appuyant sur une anecdote d’une autre ligue fermée américaine, la NFL de football américain : « Aux États-Unis, en 2010, un des joueurs phare d’une franchise de football américain, avant un match de play-off, était sorti en boite avec un pistolet sur lui. Sans le faire exprès, il s’était tiré une balle dans la jambe. Il a été licencié immédiatement par sa franchise. Et lui, il n’avait blessé personne. Ce n’est pas comme l’autre (Doumbia) qui récidive pour la 7e fois. »

Il est vrai que Doumbia aurait pu se payer son permis de conduire conduire contrairement à beaucoup d’autres parmi le million de personnes qui conduirait sans l’avoir en France. C’est d’ailleurs tellement répandu que Christiane Taubira dans son projet de loi sur la Justice au 21e siècle, promet que ce ne sera plus un délit pénal, notamment pour désembouteiller les tribunaux. Sauf en cas de récidive. Tongo Doumbia n’était donc de toutes manières pas éligible à cette réforme. Il peut toujours se consoler avec le sondage un peu confidentiel lancé par le site lesviolets.com dans lequel 66,5 % des personnes souhaitent qu’il ne soit pas licencié12.

doumbia2TFC

Notes:

2 Patrice Evra, quelques semaines avant le barrage de qualification pour la Coupe du Monde 2014 contre l’Ukraine, visiblement à cran, est l’auteur d’une sortie médiatique dans laquelle il s’en prend personnellement à Luis Fernandez, Bixente Lizarazu, Pierre Menès et Rolland Courbis, tous les quatre consultants sportifs pour des télés ou des radios. Le joueur est alors, à de nombreuses reprises, décrié par de nombreux observateurs ou journalistes. Ils les accusent de porter injustement atteinte à son image, puis se laisse aller à de « gentils » sobriquets comme Michel Fernandel ou encore Rolland Tournevis. Inutile de dire que ses propos n’ont provoqué quasiment aucune remise en question de la corporation qui en a même rajouté une couche, à l’instar de Vincent Moscato dans son émission « Evra il peut dire ce qu’il veut, moi si un jour je le croise et qu’il me dit un truc, je lui tord l’oreille en deux et ce sera pas que des paroles. Je le fends comme une bûche. »

3 Dans la dite petite présentation, elle se présente aussi comme une PME de 50 salariés. C’est dire son positionnement social ambigu.

4 Lors de Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud, les joueurs et le staff de l’équipe de France sont retranchés à Knysna. Les prestations sportives étant médiocres, la vie du groupe se passe dans une atmosphère que beaucoup disent tendue même si les journalistes n’ont pas un accès illimité aux « Bleus ». Quand les médias révèlent au public que Nicolas Anelka a insulté Raymond Domenech, le sélectionneur, à la mi-temps de France-Mexique, les joueurs se sentent trahis. En solidarité avec Anelka, exclu du groupe, les joueurs refusent de descendre du bus pour aller s’entraîner. Cet épisode donnera lieu à de violentes saillies de journalistes, d’intellectuels, de politiciens ainsi que d’anciens footeux. Les détracteurs trouvent là leur anti-Coupe du Monde 98. Là où était exaltée la France Black-Blanc-Beur, celle-ci sera à présent fustigée avec comme cible ces joueurs qui ne « respecteraient pas la France », ni son hymne, ni son drapeau.

5 Finkielkraut « […] Je savais que Raymond Domenech n’avait aucune autorité sur son équipe, et l’arrogance je-m’en-foutiste de certains de ceux qu’on appelle les cadres, Ribéry, Anelka, Gallas, par exemple, était visible depuis plusieurs mois déjà. Les Français n’aimaient plus leur équipe []A la différence des autres équipes nationales, ils refusent, en sales gosses boudeurs et trop riches, d’incarner leur nation […] Mais si cette équipe ne représente pas la France, hélas, elle la reflète: avec ses clans, ses divisions ethniques, sa persécution du premier de la classe, Yoann Gourcuff. Elle nous tend un miroir terrible. Ce qui est arrivé à Domenech est le lot quotidien de nombreux éducateurs et de professeurs dans les cités dites sensibles. Cette équipe renvoie à la France le spectacle de sa désunion et de son implacable déliquescence […] On a voulu confier l’équipe de France à des voyous opulents et pour certains inintelligents, il faudra maintenant sélectionner des gentlemen. » (Propos recueillis par le JDD – 20/06/2010). En écho, deux jours plus tard lors de sa chronique radio du 22 juin 2010, Zemmour parlera lui de Franck Ribéry comme d’un « caïd de bac à sable » puis propagera le récit des « musulmans convertis comme Ribéry, Abidal, Anelka, qui ont imposé leur loi » et mis Gourcuff « à l’amende comme les premiers de la classe dans certains quartiers de banlieue. » La conclusion respire le même sentiment d’un intellectuel blessé dans sa chair de français : « Quand on leur parle d’amour du maillot, ils font un doigt d’honneur […] On n’ose pas leur parler d’amour du pays, de la France, la Marseillaise ils ne connaissent pas les paroles et la musique n’est pas sur leur Ipod. Parce que chez ces gans-là, la France est un pays de bouffons. »

6 Bouquin au titre tant racoleur qu’évocateur, paru aux éditions Hugo sport en 2013, dans lequel le football français est analysé au travers d’une grille de valeurs qualifiée de « zémourienne ». Deux notes de lecture à lire : « Le Football Ghettoïsé ? », sur les Cahiers du Football et « On a lu Racaille Football Club de Daniel Riolo », sur le blog Never Trust a Marxist in football. Jérôme Latta, l’auteur de l’excellent blog Une balle dans le pied, précise lui que si on peut trouver « quelques correspondances » entre les visions de Riolo et Zemmour, ce dernier, dans son brûlot Le suicide français, instrumentalise l’enquête produite dans Racaille Football Club.

7 Après son but égalisateur contre l’Angleterre lors de l’Euro 2012 Samir Nasri, exprima son ras-le-bol du traitement médiatique dont il était l’objet. Dirigé vers la tribune de presse il adresse, le doigt sur la bouche, un franc et distinct : « Maintenant, ferme ta gueule ! », dont on apprit plus tard qu’il était destiné à un journaliste de l’équipe.

8 En octobre 2012, cinq joueurs de l’équipe de France espoir se sont payés une petite virée nocturne entre Le Havre et Paris-Champs Elysée au lendemain d’une victoire en barrage aller de qualification à l’Euro espoir 2013. L’affaire sort après l’élimination au match retour en Norvège. Les cinq joueurs, Yann M’Vila et Chris Mavinga (Rennes), Wissam Ben Yedder (Toulouse), M’Baye Niang (Milan AC) et Antoine Griezmann (Réal Sociedad), seront convoqués puis sanctionnés par des suspensions de 12 mois pour tous, sauf M’Vila qui aura droit lui à 18 mois. Pour une simple sortie en boîte de nuit…

9 Heureusement que le « milieu » du football dispose encore de quelques voix pour calmer certaines ardeurs. On appréciera les propos de Jean-Marc Furlan, entraîneur de Troyes, à la philosophie de jeu bien léchée, qui dit dans une interview donnée au média Rue 89 : « Le foot n’est pas pire qu’avant. […] On se focalise sur une quinzaine de types qui déconnent parce qu’ils gagnent beaucoup d’argent depuis leur adolescence. Mais ils ne sont représentatifs de rien du tout. »

10 Ce n’est qu’en 1973 qu’est instauré définitivement le contrat « à temps » (un équivalent de CDD) qui donne au joueur la possibilité d’être libéré par son club, suite à une grève des joueurs menée par l’UNFP, leur syndicat. Les dirigeants ne voulant pas lâcher le contrat « à vie » (qui lie le joueur au club jusqu’à ses 34 ans) se plieront finalement à la logique paritaire prônée par le rapport Séguin et la convention collective qui en découle: la Charte du football professionnel.

11 A cette époque, Sammy Traoré est le représentant UNFP du PSG et dans la presse il ne défendra à aucun moment son coéquipier : « Le plus important, c’est le groupe, qu’il continue à bien vivre même sans Vikash. On sait qu’on a un match important qui nous attend samedi. Il faudra répondre présent. » Pas plus que son autre coéquipier Pierre-Alain Frau qui tiendra à peu de mots près le même discours huilé par les communicants du club : « Nous, joueurs, devons nous concentrer sur le jeu et le match de samedi face à Sedan même si c’est toujours un peu délicat comme situation et qu’on n’avait pas besoin de ça. […] C’est une histoire entre lui et le club, ses dirigeants et son entraîneur. On n’a pas notre mot à dire là-dedans. »

12 Sondage lancé le 27 août qui propose trois réponses : 1/ Il doit être licencié du club le plus vite possible 28,9 %, 2/ Il doit être sanctionné par le club pendant un certain temps (matchs sur le banc, amende…) 24.1%, et 3/ Il doit rester au club, c’est une affaire privée 42.5%. (résultats au 2 septembre).

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s