Mort d’Albert Ebossé: la contre-enquête de So Foot

sofoot129A lire dans le dernier So Foot de septembre 2015 (n°129), disponible en kiosk, l’article de Christophe Gleizes, « Mais qui a tué Albert Ebossé? », une contre-enquête sur les conditions de la mort de l’avant-centre de la JS Kabylie, le 23 août 2014, à l’entrée du tunnel des vestiaires. L’information de la mort du joueur camerounais qui évolue depuis juillet 2013 dans le championnat algérien se propage assez vite dans le monde du football et des médias sportifs. Une version unanime et officielle est alors diffusée aux quatre coins du monde. Elle met en cause les bouillants supporters de la JSK, accusés d’être les responsables de la mort du joueur par leurs jets de projectiles à l’issue de la partie. Mais suite à la contre-autopsie demandée par la famille Ebossé, la thèse de « l’ardoise tranchante » jetée depuis les tribunes, répétée en boucle par la direction de la JSK, a pris un sérieux plomb dans l’aile. L’implication de la police algérienne fait de moins en moins de doute. Pour son article, Christophe Gleizes s’est rendu à Tizi-Ouzou où il a rencontré des partenaires d’Ebossé, d’anciens joueurs et des supporters des « Canaris ». L’occasion d’approcher de plus près le club d’une région que le pouvoir autoritaire algérien peine à discipliner, et dont la JSK est un des porte-drapeaux. On comprend dans l’article qu’il n’est pas aisé de parler au sujet de la mort d’Albert Ebossé et que le climat autour du club, qui a été lourdement sanctionné au niveau international suite au drame, n’est facilite pas la palabre. Le président Mohand Hannachi, perçu en plus comme un pantin du régime de Bouteflika, est de plus en plus contesté. Dans ce contexte, beaucoup pensent qu’il y a eu une volonté manifeste de la part des auteurs ou des commanditaires de faire porter le chapeau aux supporters: la tribune au dessus du tunnel, habituellement fermée, avait été ce jour-là étonnamment ouverte, et le tunnel rétractable jusque sur le terrain pour protéger les joueurs des jets de projectiles n’avait pas été déplié. La contre-autopsie pratiquée au Cameroun accréditant la thèse d’un passage à tabac où le joueur aurait reçu plusieurs coups, disculpe les supporters, à qui on a visiblement cherché à faire porter le chapeau. Sans apporter de réponses ni de certitudes, l’article pose les questions qui aident à défaire ce sac de nœuds. Quatre mois après la mort du joueur, la Justice algérienne a ouvert une enquête, mais de grands doutes subsistent quant à sa volonté de répondre à l’autre question posé par l’article: pourquoi Albert Ebossé a-t-il été tué?

Le cercueil d'Albert Ebossé peu avant son rapatriement au Cameroun.
Le cercueil d’Albert Ebossé peu avant son rapatriement au Cameroun.


Quelques citations extraites de l’article:

« C’était chaud, les supporters mécontents ont commencé à jeter des pierres grosses comme mon poing. Je suis arrivé trente secondes après car je venais de l’autre côté du terrain. Quand je suis arrivé près du tunnel, j’ai vu Albert couché sur le sol, à l’entrée. On m’a dit qu’il avait été touché par un projectile. J’ai essayé d’aller le voir mais les CRS m’ont obligé à me diriger directement au vestiaire. Ils ne voulaient pas qu’on l’approche, ce qui m’a semblé normal sur le coup quand quelqu’un est inanimé. Une demi-heure après environ, on a appris qu’Albert avait été transporté de toute urgence à l’hôpital. »

Hugo Broos, ancien entraîneur de la JSK.

« A la vue de ces images je ne pense pas qu’Albert soit décédé à cause d’une pierre. C’est possible qu’il ait glissé sur une flaque d’eau ou quelque chose comme ça. Nous continuons à chercher ce qu’il s’est passé.»

Mohand Hannachi, président de la JSK lors d’un de ses cafouillages face à la presse.

« D’après examen des blessures, le scénario vraisemblable est qu’Albert Ebossé a été immobilisé de force. On lui a pris le bras gauche vers l’arrière et, en se débattant, son épaule s’est déboîtée. Il a dû se débattre et a reçu un coup sur le crâne, sur la calotte crânienne. Cela a fait vaciller les os de la base du crâne, d’où la présence de liquide céphalo-rachidien. »

Dr Albert Mouné, qui a réalisé l’autopsie de contre-expertise au Cameroun.

« La JSK est le porte-flambeau de notre région. Puisque le reste de la société est très contrôlé, le stade est un moyen pour nous de revendiquer notre identité berbère. Un peu comme les catalans avec le Barça. Tous les slogans que nous chantons sont autant de messages politiques que nous envoyons à l’État. »

Rachid Kana, actionnaire minoritaire de la JSK.

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A lire aussi, l’article du même titre « Mais qui a tué Albert Ebossé? » de Michaël Forest, publié le 20 décembre 2014, sur le site internet de So Foot.

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