18 octobre 1968: J.O de Mexico, le podium moins connu des « Panthers »

Le podium du 400 mètres. De gauche à droite: Larry James, Lee Evans et Ron Freeman
Le podium du 400 mètres. De gauche à droite: Larry James, Lee Evans et Ron Freeman

Deux jours après la cérémonie protocolaire retentissante du 16 octobre, où Tommie Smith et John Carlos ont affronté l’hymne américain et la bannière étoilée, poing levé en défense de la cause des noirs américains, le public des J.O de Mexico assistent à une nouvelle manifestation de protestation contre les discriminations racistes aux États-Unis. Lee Evans, autre pensionnaire de l’Université de San José où il côtoie Smith et Carlos, vient d’établir un nouveau record du Monde du 400 mètres en cassant le mur des 44 secondes. Performance si éblouissante qu’elle ne sera battue que vingt ans plus tard. Le triomphe est total pour l’équipe des USA puisque aux côtés d’Evans, ses deux camarades Larry James et Ron Freeman complètent le podium.

L’ambiance est électrique au village olympique. Tommie Smith et John Carlos viennent d’en être exclu sur ordre d’Avery Brundage, le patron du Comité International Olympique qui met donc ses menaces répétées à exécution. Mais pour Evans, James et Freeman pas question de faire marche arrière, au contraire. Ce qu’ont réalisé Smith et Carlos deux jours plus tôt a ouvert la voie dans laquelle il faut insister. D’autant que Lee a envisagé de boycotter l’épreuve pour protester contre l’exclusion de ses camarades par le CIO, et que Tommie l’en a dissuadé, le convaincant que la meilleure réponse à ça, il fallait l’apporter dans le stade. «Fais leur voir qui nous sommes» lui a-t-il dit. Sa victoire éclatante dans cette course pour laquelle il était le grand favori, n’est que la première partie de la réponse qu’il apporte Comité Olympique américain, au CIO, et au sinistre Brundage en tête.

Pour Lee Evans, si les athlètes noirs «avaient voté et décidé presque à l’unanimité de se rendre à Mexico, il y avait également unanimité pour protester d’une manière ou d’une autre à ces Jeux.» Alors quand les trois médaillés pénètrent dans le stade pour la remise des médailles, ils se présentent coiffés d’un béret noir ainsi que le poing levé à la manière des révolutionnaires et antifascistes du 20e siècle. Plus tard, Lee Evans expliquera ce choix: «les Black Panthers portaient ces bérets noirs. Je voulais montrer la fierté d’être noir». Les spectateurs assistent donc à un nouveau geste fort de solidarité avec les nombreux afro-américains en lutte aux Etats-Unis pour la reconnaissance de leurs droits, qui sont appuyés dans leur combat depuis 1966 par le jeune Black Panther Party for self-defense de Bobby Seale et Huey Newton.

Lee Evans, Larry James et Ron Freeman ne seront pas exclus du village olympique comme leurs amis. Ils doivent peut-être cette « clémence » au fait qu’ils aient retiré leur béret au moment de l’hymne national américain. Mais le plus plausible est que le Comité Olympique américain avait encore besoin de leurs services pour la finale du 4×400 mètres. Épreuve qu’ils remporteront quelques jours plus tard en compagnie de Vince Matthews. Lors de la cérémonie de remise des médailles, les quatre hommes réitéreront leur geste.

Photo du podium du 4x400 mètres. Lee Evans, Ron Freeman, Larry James et Vince Matthews.
Photo du podium du 4×400 mètres. Lee Evans, Ron Freeman, Larry James et Vince Matthews.
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