L’hommage des hinchas du club de Cobresal au mineur Nelsón Quichillao

“Sur le terrain, à la mine et sur la barricade. Une force, une griffe et une trempe de mineur”.

20 avril 2016, Sao Paulo. Lors du dernier match de la saison en Copa Libertadores du club chilien de Cobresal, quelques supporters se rendirent au Brésil pour encourager l’équipe qui affrontait les Corinthians à Sao Paulo. Cobresal repartit de là-bas avec une grosse valise, encaissant un 6 à 0. Mais les quelques supporters chiliens présents dans les travées de l’Arena Corinthians, avaient avec eux une banderole rendant hommage à Nelsón Quichillao, mineur assassiné par la police en juillet 2015.
CobresallogoLe C.D Cobresal est le club de la petite ville minière d’El Salvador, située au nord du Chili dans la région d’Atacama. La principale activité économique de la région repose sur l’extraction de cuivre. Le club de football n’échappe pas à cette identité minière. Son logo actuel en est une expression formelle. Cobresal a été fondé en 1976 par l’entreprise nationale Codelco, dans un Chili passé sous le joug de la dictature militaire de Pinochet. Avec ce club, le but recherché par le pouvoir et les patrons est alors d’encadrer et garder sous contrôle les travailleurs de la mine. Pinochet et ses accolytes pensaient ainsi pouvoir canaliser les révoltes sociales. On retrouve d’ailleurs Codelco derrière la création d’un autre club en 1977, le C.D Cobreloa, dans la région un peu plus au nord d’Antofagasta. Quelques années plus tard, Codelco sera sommée par la dictature de financer la construction de l’Estadio El Cobre  (Stade du Cuivre) à El Salvador, qui est toujours aujourd’hui l’antre de Cobresal.
Nelsón était un socio de Cobresal, le socio n°2825. Même si le stade comprend 20 000 places pour une ville de 8 000 habitants, les tribunes sont garnies de mineurs, ou de supporters qui sont liés de près ou de loin à la mine d’El Salvador. Et la cause des mineurs et leurs luttes y rencontrent un grand soutien populaire.
nelson-quichillao-3Le 23 juillet 2015 au soir, Nelsón Quichillao s’était rendu sur le piquet de grève contre le plan économique agressif par lequel Codelco prévoiyait d’augmenter ses bénéfices en s’attaquant aux conditions de travail des mineurs. Classique. Les premiers affrontements avaient éclaté vers 22h30. Près de 300 mineurs tenaient le piquet quand arrivèrent environ 80 policiers des Forces Spéciales pour appuyer les carabiniers et rétablir l’accès à la mine à coup de grenades lacrymogènes et de balles en caoutchouc. Le face-à face fut violent et au bout de quelques heures la police commençait à manquer de munitions. Les manifestants résistaient de fort belle manière en érigeant une barricade en protection. Toutefois, les Forces Spéciales progressant, les mineurs se servirent d’un engin de chantier pour les faire reculer quand plusieurs balles ricochèrent sur la machine. Le corps de Nelsón Quichillao était étendu, touché de deux balles de 9 mm. Assassiné par la police.
Ayant effectué le déplacement au Brésil, les supporters du club minier, n’ont pas manqué d’honorer la mémoire de leur camarade. Sur la bache verte et orange aux couleurs de Cobresal qu’ils exhibèrent dans le stade, on pouvait lire: “Sur le terrain, à la mine et sur la barricade. Une force, une griffe et une trempe de mineur”. Cette bache a été sortie en hommage à Nelsón Quichillao. Elle est aussi par extension un hommage à tous ces mineurs de la Codelco qui se sont affrontés à la direction de l’entreprise et aux forces de l’ordre, pour leurs droits de travailleurs. Tous ces mineurs à qui cette action est allée droit au coeur.
A El Salvador, le peuple des tribunes n’est pas différent du peuple de la mine. Ces prolétaires qui triment pour extraire le cuivre chilien sont souvent des habitués de l’Estadio El Cobre, comme Nelsón l’était. Même si le football comme spectacle est structurellement et historiquement une arme visant à neutraliser la capacité révolutionnaire des ouvriers, il arrive que dans les tribunes la solidarité de classe trouve un espace où s’exprimer.
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Source: l’article de Louis Alamos pour La Izquierda Diario et Futbol Rebelde

 

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