4 mai 1949: la tragédie de Superga et la mort du Grande Torino

Nuages bas, visibilité mauvaise, ce sont de mauvaises conditions de vol qui ont précipité cet avion transportant 31 personnes à son bord contre une des imposantes parois de la basilique Superga sur les hauteurs de Turin, peu après 17 heures. La nouvelle se répend assez vite qu’il s’agit du vol emprunté par l’équipe de football du Torino A.C et de son staff, au retour d’un match amical au Portugal contre le Benfica. C’est Vittorio Pozzo, ancien sélectionneur de la Squadra Azzura, fraîchement journaliste à La Stampa qui, arrivé vite sur place, reconnut les corps. Sur les 18 joueurs, il y a une dizaine d’internationaux. C’est que cette équipe, surnommée le Grande Torino, est alors, une des plus belles du monde, proposant un football fait de festivals offensifs. Sa disparition brutale ouvre en Italie une nouvelle ère, celle du catenaccio qui, contrairement à ce qui est souvent raconté, n’a pas toujours été le schéma tactique des équipes italiennes. Le Grande Torino en est la preuve. Une équipe qui aurait pu se passer de ses entraîneurs successifs et qu’on aurait aimé voir jouer.

gazettasupergaLe football italien comme ceux de la plupart des pays du monde, doit se reconstruire au sortir de la Seconde Guerre Mondiale. La dernière saison de Calcio avant sa suspension, vit en 1943 s’imposer l’équipe du Torino A.C. A ce moment-là rien ne nous dit qu’il s’agit de l’ouverture d’une ère de domination du football transalpin par les Granata. Durant l’interruption de deux ans du Calcio, le football italien avait continué sous la forme de tournois ou mini-championnats locaux. Mais, à l’orée de la saison 45/46, le championnat reprit avec une certaine incertitude quant au niveau des équipes. Mais ces deux années sans Calcio n’y firent rien. Les turinois continuèrent sur leur lancée. Ils étaient restés soudés malgré les années de guerre. Vittorio Pozzo, sélectionneur national, s’appuya même sur plusieurs joueurs de l’effectif pour constituer sa colonne vertébrale: Ezio Loik, Aldo Ballarin, Valentino Mazzola, Giuseppe Grezar, Eusebio Castigliano et Virgilio Maroso étaient notamment de la partie pour le retour de la Squadra Azzura en match international, contre la Suisse en novembre 1945. Il ira même malgré l’hostilité d’une partie de la presse jusqu’à aligner neuf joueurs du Torino, de nouveau face à la Suisse, un an après. Car en plus des six premiers nommés, Pozzo comptait aussi sur Valerio Bacigalupo, Romeo Menti et Mario Rigamonti.

Pour se faire une idée de la qualité de cette équipe, on peut regarder quelques résumés vidéo, filmés avec les moyens de l’époque. On pourra apprécier quelques séquences collectives presque avant-gardistes, faites de décalages avec un minimum de touches de balle, des débordements et des centres instinctifs, conclus par le capitaine Valentino Mazzola (81 buts en 5 saisons) ou par Guglielmo Gabetto (122 buts en 7 saisons). Les spectateurs assistent alors à une des meilleures interprétations du WM, avec un quator magique au milieu de terrain mené par Mazzola, épaulé par Castigliano, Loik et Grezar.

Cette équipe a connu pas moins de quatre entraîneurs différents lors de ces cinq scudetti, titres de champion, consécutifs. On est en droit de se demander s’ils ont été des maillons essentiels dans ces succès. Le fils de Franco Ossola, encore dans le ventre de sa mère quand son père mourrut à Superga, qui a consacré une partie de sa vie à étudier cette période de suprématie du Grande Torino, confirme que cette équipe pouvait se passer d’entraîneur. « Du point de vue du jeu, ils étaient arrivés au sommet de leur bravoure, tout était mécanique, on ne parlait plus de football, mais de chorégraphie théâtrale. Les déplacements étaient parfaitement exécutés et les yeux fermés. » Selon Franco Ossola Jr, Luigi Ferrero, le coach des titres de 46 et 47, reconnaissait aussi que ses joueurs n’avaient guère besoin de lui, « mais plutôt d’un préparateur physique pour les maintenir en forme et surveiller leur alimentation. »

Les saisons 46/47 et 47/48, le Torino A.C les survole, finissant invaincu à domicile. Leur record va même au-delà, puisque les Granata sont restés invaincus 89 matchs dans leur Stadio Filadefia, de janvier 1943 à novembre 1949. Ce qui correspond à la période où le Torino domina le football italien. S’il faut continuer à évoquer les statistiques, on rappellera les 104 buts marqués lors de la saison 46/47 et les 125 buts en saison 47/48, soit un but toutes les 29 minutes, autre record qui tient toujours et qu’on imagine mal être battu au vu des transformations du football. En Italie, le dogme défensif des meilleures équipes n’est pas intervenu de suite. Même si le Calcio était orphelin de ce qui était sa plus belle équipe, on vit lors des deux saisons qui suivirent l’Inter Milan, le Milan A.C et la Juventus s’incrire dans l’héritage du Grande Torino, atteignant ou dépassant la barre des 100 buts. Ce n’est qu’à partir de la saison 52/53 que sous la férule d’Alfredo Foni, l’Inter Milan remporta le titre en s’appuyant sur un système très défensif, que nous distinguons du catenaccio originale, et en ne marquant que 46 buts, non sans essuyer de vives critiques.

Cette saison 52/53 marqua symboliquement la deuxième mort de cette équipe dont la domination était telle qu’on l’a appelé « Grande » et qui restait, malgré le fait qu’elle ne soit plus là, la référence footballistique italienne. Ce dont chaque 4 mai est l’occasion de se souvenir.

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Debouts: Eusebio Castigliano, Aldo Ballarin, Mario Rigamonti, Ezio Loik, Virgilio Moroso, Valentino Mazzola Assis: Valerio Bacigalupo, Romeo Menti, Franco Ossola, Danilo Martelli, Guglielmo Gabetto En médaillon: Giulio Schubert, Dino Ballarin, Roger Grava, Egri Erbstein (entraîneur), Ippolito Civalleri et Arnaldo Agnisetta (directeurs), Leslie Lievesley (entraîneur), Ottavio Corina (masseur), Andrea Bonaiuti (organisateur), Emile Bongiorni, Giuseppe Grezar, Rubens Fadini, Piero Operto. Trois journalistes (R. Casalbore, L. Cavallero, R. Tosatti) et quatre membres d’équipage (P. Meroni, A. Pangrazi, C. D’Inca, C. Biancardi) périrent dans l’accident.

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Sources:

*« C’était une chorégraphie théâtrale » interview de Franco Ossola Jr – (propos recueillis par V. Pauluzzi) – SoFoot.fr

*Les records de Série A – V. Pauluzzi – calciomio.fr

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