Le Red Bull Leipzig, le club le plus détesté d’Allemagne

 En 2009, la multinationale Red Bull, parvient après maintes tentatives infructueuses de mettre la main sur un club allemand, le SSV Markanstädt. Le club alors en 5e division s’installe à Leipzig et est rebaptisé RB Leipzig. RB pour RasenBall. Mais les initiales rappellent volontairement celles de la firme de boisson énergisante. Manière de contourner la réglementation « protectionniste » allemande en matière de naming concernant les clubs. Red Bull étend sa galaxie dans le football après New-York et Salzbourg. En 7 ans, le RB Leipzig atteint la Bundesliga. Mais cette réussite sportive bâtie sur les millions de Red Bull a un prix : une haine unanime de la part de ses adversaires. Traduction aléatoire et adaptation d’un article d’Alena Arregui paru sur le site de la revue Panenka – 31 août 2016.

A croire que toutes les success stories de la saison passée commencèrent en Thaïlande. Le scandale sexuel impliquant trois joueurs de Leicester City lors de leur tournée asiatique fut retentissant et avait mis le club, alors promis à la descente, sens dessus dessous. Après cela, Ranieri prit la tête de l’équipe un peu à reculons et plus tard c’est lui qui mit la Premier League sens dessus dessous. Curieusement, en Allemagne aussi on peut se vanter d’un conte de fée qui trouve sa source dans ce pays d’Asie. L’essor du RB Leipzig n’aurait jamais eu lieu sans le voyage en Thaïlande que fit Dietrich Mateschitz en 1984. A l’époque il y opère en tant que représentant de la marque de cosmétique allemande Blendez. Son agenda serré ne laissait pas forcément imaginer qu’il allait croiser la route de la famille Yoovidhya, plus concrètement du sieur Chaleo, et qu’il finirait par découvrir quelque chose de plus précieux que la recette du Coca Cola. Chaleo Yoovidhya, déjà d’un certain âge, fit connaître à Mateschitz son secret le mieux gardé, celui de la boisson énergétique tant prisée des travailleurs de la nuit de sa communauté. Et Mateschitz fit le reste. Ils se répartirent tous les deux les actions d’une marque qu’ils baptisèrent Red Bull et donnèrent à la boisson les ailesqui permirent de la transformer en machine à faire de l’argent : lui enlever un peu de sucre et l’exporter en Occident. Ce qui allait changer la vie des deux hommes d’affaire tout comme celle du secteur des boissons, des sports extrêmes, du football et du modeste SSV Markanstädt.

«Ce n’est pas juste la campagne “Nein zu RB” (Non au RB!) à laquelle se sont joints les supporters des 19 autres clubs de la ligue. Mais aussi les banderoles contre l’idée du football business, et des injections de capitaux sans scrupules.»

logorbEn 2006, les affaires de Mateschitz étaient au beau fixe. Il n’était pas seulement devenu le multimillionnaire connu dont le produit phare se vendait sans discontinuer, il jouissait aussi de succès dans le domaine sportif pour lequel il a toujours affiché un délire spécial et n’a jamais douté y rencontrerla gloire. Fort des succès de son écurie de Formule 1, la firme au taureau rouge sponsorisait aussi les rendez-vous les plus extravagants du sport extrême et son arrivée dans le monde du ballon rond annonçait les succès à venir à Salzbourg, New York et au Brésil (oui, Red Bull possède aussi un club à Sao Paulo). Cependant, une chose résistait toujours à Mateschitz. L’autrichien était incapable de trouver un club allemand qui accepterait de se délester de son identité pour porter le nom, les couleurs et la philosophie du géant économique Red Bull. Il essaya sans succès avec Sankt-Pauli, Munich 1860 et le Fortuna Düsseldorf, tous trois défendus à outrance par leurs supporters qui s’opposèrent fermement à ce que leur club soit absorbé par une franchise. La Bundesliga devint une obsession pour le magnat et, finalement, ce fut le SSV Markranstädt. Petit club voisin de Leipzig, submergé par des problèmes économiques céda sa licence en 2009 au récemment rebaptisé RB Leipzig. La ville moderne de l’Est, localité du premier champion de l’histoire du football allemand en 1903, le VfB Leipzig, assuma d’être celle choisie par Red Bull pour ramener une équipe en Bundeliga, chose qu’aucune équipe de l’ex-RDA n’a vraiment réussi1.

AVIS DE HAINE POPULAIRE

A la fondation du club, Mateschitz promit d’atteindre la Bundeliga en dix ans et mettre sur pied une équipe qui ne dépasse pas les 23 ans de moyenne d’âge moyennant un investissement financier sans précédent dans les divisions inférieures du football allemand. Il fit tout ce qu’il put pour monter un club à même des séduire les gens de la région ; il rénova le vieux Zentralstadion pour le rebaptiser en gigantesque Red Bull Arena et le taux de supporters qui se rassemblait chaque week-end pour assister aux quatre ascensions du club en sept saisons augmenta de façon exponentielle. Mais il y avait quelque chose sur laquelle il ne put avoir aucune prise : être considéré comme le club le plus détesté du pays.

«[…] le rêve de Mateschitz de voir son RasenBallsport Leipzig devenir champion de la Bundesliga avant ses 80 ans. Dietrich continue de voir sa fortune augmenter à l’heure de souffler ses 73 bougies, ce qui fait, si les comptes sont bons, qu’il devrait célébrer un titre dans moins de dix ans. Ce qui serait autant historique que miraculeux.»

Le week-end du 10 et 11 septembre 2016. Les supporters de Dortmund ont boycotté le déplacement à Leipzig pour marquer le coup contre la stratégie de développement économique du club lié à Red Bull. A la place les supporters jaune et noir sont allés en nombre soutenir l'équipe B contre Wuppertal dans le petit stade de Rote Erde.
Le week-end du 10 et 11 septembre 2016. Les supporters de Dortmund ont boycotté le déplacement à Leipzig pour marquer le coup contre la stratégie de développement économique du club lié à Red Bull. A la place les supporters jaune et noir sont allés en nombre soutenir l’équipe B contre Wuppertal dans le petit stade de Rote Erde.

A chaque montée du RB Leipzig, le club semblait gagner encore plus d’ennemis. L’opposition à une équipe “sans tradition” est devenue si flagrante en Allemagne que la liste des oppositions publiques au club est de plus en plus longue. Ce n’est pas juste la campagne “Nein zu RB” (Non au RB!) à laquelle se sont joints les supporters des 19 autres clubs de la ligue. Mais aussi les banderoles contre l’idée du football business, et des injections de capitaux sans scrupules. Sans aller chercher bien loin, durant la saison dernière les supporters du VfR Aalen renoncèrent à se rendre à la Red Bull Arena. Les 15 premières minutes du match contre l’Union Berlin furent encore plus funestes, quand les supporters berlinois restèrent silencieux, tout de noir vêtus. Dans le même stade, sur les programmes d’avant-match qui partagent traditionnellement des informations sur l’équipe adverse, cet après-midi là on pouvait lire un article sur la viande de taureau d’élevage. En parlant de l’animal qui sert de symbole à la firme, il y a quelques semaines de cela, une tête de taureau en chair et en os fut littéralement jetée depuis les tribunes du Dynamo Dresden. Mais ce n’est pas tout, le Erzgebirge Aue (2.Bundesliga) du s’acquitter d’une grosse amende pour avoir dépasser les limites de la légalité exhibant une banderole comparant Dietrich à Hitler et les supporters du RB à des nazis.

RANGNICK LA CHEVILLE OUVRIERE

Si sur le plan extra-sportif la personne de Mateschitz est l’objectif de toutes les cibles, sur le plan sportif c’est en grande partie à Ralf Rangnick que revient le mérite du projet. Il n’est pas simplement l’homme qui donna forme aux grandes aspirations footballistiques du magnat, il est aussi celui qui a occupé les postes tant de directeur sportif que de coach, comme lors de la dernière et plus importante montée du club en division supérieure. Une fois parvenu dans l’élite, le Red Bull finalisa son effectif au sein duquel, par dessus tout, doit primer la jeunesse. Ainsi, les meilleures recrues de cette intersaison se nomment Tomo Werner (arrivé de Stuttgart) et Naby Keita (qui quitte la franchise de Salzbourg pour sa jumelle allemande après avoir été élu meilleur joueur d’Autriche la saison passée). Aucun des deux n’a plus de vingt ans, de même qu’Oliver Burke, aillier écossais récemment recruté, pour qui le club a déboursé pas moins de 15 millions d’euros. Tous viennent s’ajouter à la qualité des deux espoirs révélés par le club la saison passée en 2.Bundesliga : Massimo Bruno et Davie Selke.

A présent, celui qui fut l’entraîneur de Schalke et d’Hoffenheim relève le plus grand défi du club depuis les bureaux : satisfaire le rêve de Mateschitz de voir son RasenBallsport Leipzig devenir champion de la Bundesliga avant ses 80 ans. Dietrich continue de voir sa fortune augmenter à l’heure de souffler ses 73 bougies, ce qui fait, si les comptes sont bons, qu’il devrait célébrer un titre dans moins de dix ans. Ce qui serait autant historique que miraculeux. Bien sûr, avec de l’argent tout semble plus facile.

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Notes:

1Hormis le Herta Berlin, club de Berlin-Est, mais qui évoluait en championnat de RFA, très peu de clubs de l’ex-RDA ont évolué en Bundesliga et aucun ne s’y est vraiment installé. Le dernier à avoir fait un passage par l’élite est l’Energie Cottbus, relégué en 2010. En complément, voir l’article de Mother Soccer : « Allemagne : Gloire et décadence du football de l’ex-RDA ». http://www.mothersoccer.fr/allemagne-gloire-et-decadence-du-football-de-lex-rda/

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*Dans le Panenka#41, version papier, les journalistes Jakob Rosenberg et Nicole Selmer nous donnaient déjà plus de détails sur la relation naissante ces dernières années en Red Bull et divers clubs de football.

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