15 mars 1999: la sélection zapatiste participe à une rencontre historique

Le 15 mars 1999, se joua une des parties de football les plus « rebelles » de l’histoire contemporaine: la sélection des stars de l’EZNL (Armée Zapatiste de Libération Nationale), emmenée par le commandant Tacho, opposée à une sélection d’anciennnes gloires du football mexicain coachées pour l’occasion par Javier Aguirre, dit El Vasco. Le match eut lieu au stade Jesus Palillo Martinez, au coeur de la Magdalena Mixhuca, un quartier chaud de la capitale mexicaine.
L’EZLN se trouvait alors à Mexico dans le cadre d’une nouvelle consultation relative aux Droits des Peuples Indigènes, après le non-respect des Accords de San Andrès, signés le 16 février 1996. Cette mobilisation zapatiste pouvait compter sur 5000 combattants indigènes, dont la moitié de femmes, qui se mobilisèrent dans tout le pays.
Pour cette confrontation sportive, El Vasco Aguirre fit appel à des amis pour former sa propre sélection. Répondirent solidairement à l’appel les frères Armando et Agustín Manzo, Luis Flores, Raúl Servín et Rafael Amador. Les joueurs d’Aguirre revêtirent pour l’occasion un équipement bleu avec sur le maillot une diagonale colorée et des rayures blanches et jaunes.
Alors que les hymnes zapatiste et mexicain venaient d’être joués, et que la rencontre était sur le point de débuter, l’arbitre n’en siffla pas le début et fit venir les deux capitaines. Contre toute attente, match n’allait finalement pas pouvoir se tenir. Non pas en raison de la différence de stature entre les adversaires, ni du fait que les Zapatistes se présentèrent sur le terrain coiffés de leur légendaire passe-montagne. Mais pour un petit détail qui lui avait jusque-là échappé: les joueurs de l’EZLN portaient leurs bottes militaires en lieu et place des chaussures de foot réglementaires.
Ce petit problème fut exposé au micro du stade et ni une ni deux, la solidarité du peuple mexicain se mit en branle tout naturellement. En 20 minutes, une trentaine de paires de chaussures à crampons avaient été rassemblées. Les cracks zapatistes les essayèrent et gardèrent aux pieds celles qui leur allant le mieux.
Passé cet imper, le match commença. Sous un soleil de plomb, les Zapatistes suaient à grosses gouttes derrière leur épaisse cagoules. Mais cela n’atténua pas leur enthousiasme. La petite corpulence des joueurs zapatistes comparé à celle des joueurs d’Aguirre, fut compensée par leur agilité et leur ruse expérimentée dans la jungle du Chiapas. Ainsi contre toute attente, le résultat final ne fut pas aussi déséquilibré qu’on aurait pu s’y attendre: 5 buts à 3 en faveur de l’équipe des anciens joueurs professionnels.
Dans sa réaction d’après-match, le directeur technique zapatiste, qui n’est autre que le sous-commandant Marcos, déclara très simplement: « En réalité nous n’avons pas perdu… nous avons seulement manqué de temps pour gagner. »
Voici ce qu’on pourrait appeler un football « rebelle ». Autrement dit, un football qui recherche la justice, la paix et la dignité pour les communautés indigènes et paysanes au Mexique.

***********************

Extrait de « Otro futbol es posible » de Tihui Campos, Miguel Ángel García et Anayanssin Méndez, publié sur Liberacion Mexico et relayé par le site Futbol Rebelde. Traduction libre et toujours aussi approximative par nos soins.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s