Bus du Borussia Dortmund, un attentat capitaliste

Le 21 avril dernier la police allemande a arrêté le principal suspect de l’attaque à l’explosif contre le bus du Borussia Dortmund, dix jours plus tôt. Trois bombes avaient alors été placées sur le chemin emprunté par le bus à la sortie de l’hôtel où résidaient les joueurs avant le 1/4 de finale de Ligue des Champions contre l’AS Monaco. Le joueur Marc Bartra a été blessé dans l’explosion. Le match fut reporté au lendemain. Les impératifs du calendrier de l’UEFA étant supérieurs à tout risque pour la santé des joueurs. De l’avis d’experts, si le bus n’avait pas été équipé d’un blindage, les bombes auraient pu provoquer un carnage. Cet attentat fut l’oeuvre d’un petit spéculateur boursier pariant sur l’effondrement des actions via la mort de joueurs du club allemand. On entendit guère parler de terrorisme capitaliste.

La bourse ou la vie

Le Borussia Dortmund fut le premier club allemand côté en bourse. Il est encore à ce jour le seul, pour une vingtaine en Europe. Le club fit son entrée en bourse en 2000, surfant sur les titres durant les années 90 (Champion d’Allemagne 95 et 96, Ligue des Champions 97 et Coupe Intercontinentale 97). C’était, pour le président de l’époque Gerd Niebaum, l’étape suivante pour commercialiser la marque « Borussia Dortmund » et générer de nouveaux profits. Ce sont les années Schröder, les premières lois Hartz durcissant la condition des chômeurs et les réformes libérales menées par le gouvernement issu de la gauche social-démocrate.
Cette cotation censée attirer de nouveaux capitaux pour permettre à Dortmund de concurrencer le pouvoir économique du Bayern, aurait été soutenue par une bonne partie des supporters, dans un remake du mariage de la carpe et du lapin: celui entre la culture ouvrière des tribunes et le capitalisme boursier. D’aucuns préfèreront la métaphore du renard dans le poulailler. Dès le début, il y eut bien quelques sceptiques pour se méfier de l’opération boursière. Dans tous les cas, sur le plan strictement économique, les actionnaires furent déçus dès le premier jour. Côtée autour de 11 euros, l’action était tombée à 10,50. Et continuait de baisser. En 2002, quand Dortmund fut de nouveau champion d’Allemagne, elle connut un regain, mais ce fut passager. En 2005, les dettes du club atteignaient 118 millions d’euros et les succès sportifs semblaient de lointains souvenirs. Le club est alors aux bords de la faillite. La nouvelle direction avec Reinhard Rauball à la presidence et Hans-Joachim Watzke comme directeur administratif engagea un plan dit « d’assainissement financier » via la vente des meilleurs éléments, comme Tomas Rosicky par exemple.
Depuis, on a assisté au rétablissement sportif et économique du club, avec deux nouveaux titres de champion (2011 et 2012) et une finale de Ligue des Champions en 2013. Malgré ça et le maintien depuis au plus haut niveau européen, la valeur de l’action du Borussia, n’atteint que la moitié de sa valeur au lancement en 2000. Etre actionnaire du Borussia, visiblement ce n’est pas le jackpot. Alors pour essayer de s’enrichir, quoi de mieux qu’un petit pari truqué et spéculer sur une baisse. Le principal suspect avait auparavant acquis trois produits financiers dérivés appelés « put-options », pour lesquels il a pris un crédit à la consommation d’une valeur de plusieurs dizaines de milliers d’euros. Il aurait pu, selon la police fédérale, engranger près de 4 millions d’euros avec cette opération. Poussant la mise en scène jusqu’à laisser à proximité du bus des tracts de l’Etat Islamique, il misait sur un effet de panique chez les actionnaires. Résultat des courses, la valeur boursière du Borussia n’a pas été impactée, augmentant même de 1,8 % le lendemain. C’est finalement l’élimination de la compétition qui provoqua une baisse de 3,5 %.

Les médias te diront quel terroriste tu es

Ces temps-ci, généralement quand il y a une attaque ou un attentat, la machine médiatique a peu de doutes. Même si elle y met les formes, c’est forcément un coup des islamistes de Daesh ou d’autres ennemis sacrés du « monde libre » des démocraties capitalistes. Personne d’autre n’est assez barbare pour s’attaquer au bus d’un club de football, non? Il y a bien eu le hoax made in extrême-droite, avec la fausse revendication de l’attentat par un groupe antifasciste. Le Secours Rouge a vite communiqué sur la manipulation de cette fausse revendication publiée d’abord sur un Indymedia avant d’être retirée par les modérateurs. C’est ensuite un site d’extrême-droite qui s’est chargé d’en faire la publicité. Le journal L’équipe, dont le recul critique n’est pas la marque de fabrique, l’a relayé tel quel. Et puis après tout, un groupe antifa qui commet un attentat au pays de Meinhoff et Baader, ça reste vendeur. Néanmoins, une action antifasciste semblait bien curieuse à quiconque connaît un tant soit peu l’antiracisme historique du « Mur Jaune » de la Südtribune. Alors que quelques heures plus tard le parquet allemand jugeait peu sérieuse cette piste, L’équipe ne prit pas la peine de se fendre d’un démenti et les médias revanaient très vite à leur marotte: la menace islamiste. Quand les motivations de l’auteur présumé ont été rendues publiques, les médias sont vite passés à autre chose. Ceci dit le site Capital.fr titra « Premier attentat boursier de l’Histoire ».

 

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