Décrassage n°0 – Edito & Revue de presse

#Mai 2017. « Décrassage », c’est ce que nous avons retenu du mois d’avril. Nous inaugurons par la même une modeste rubrique, une sorte de revue de presse subjective, un débriefing sans manager, ça prendra la forme d’un édito, de courtes notes, de citations, on ne s’interdit rien sauf partager notre regard critique sur ce passé proche. C’est partiel et partial, mais c’est ce dont on a envie de jacter.

« Ce douzième joueur sait bien que c’est lui qui souffle les vents de ferveur qui poussent le ballon quand celui-ci s’endort, comme les onze autres joueurs savent que jouer sans supporters, c’est comme danser sans musique. »
Eduardo Galeano, Le football, ombre et lumière

Maintien de l’ordre dans les stades: le dernier coup de balai de la bourgeoisie du football?

Que des gens soient scandalisés par des envahissements de terrain ou de tribune est un classique. L’omniprésence des caméras de télévision, la surmédiatisation des matchs et donc des sponsors affichés un peu partout provoque aussi cet élan d’indignation quasi général. Tous les réquisitoires de journalistes ou consultants participent de cette ambiance. Les tribunes et le chahut qu’elles provoquent n’ont pas bonne presse. C’est le moins qu’on puisse dire. A les écouter on en serait presque au stade d’un football « malade de ses supporters » comme lors des années Thatcher en Angleterre. Ils prônent la tolérance zéro. Bien sûr on entendra jamais que le désordre en tribune, à base de fumigènes, de pétards agricoles ou de banderoles hostiles à la LFP ou encore au football-marchand, c’est surtout mauvais en terme d’image. Et donc mauvais pour le business, principalement avec les diffuseurs, BeIn sports ou les autres chaînes, qui versent de colossaux droits de retransmission à la LFP. A ce prix-là, elle est sommée de faire le ménage, quand bien même il ne se passe pas grand-chose.

La question du maintien de l’ordre autour des évènements sportifs, principalement des matchs de football, n’est pas récente. Depuis la loi Alliot-Marie de décembre 1993, la répression n’a fait que se durcir, bien souvent en s’appuyant sur le contexte des lois sécuritaires touchant l’ensemble de la société, comme la LSI en 2003, la LOPSSI 2 en 2011, ou encore l’état d’urgence depuis 2015. Pour assumer cette besogne de maintien de l’ordre, le triumvirat formé par la LFP, les clubs et l’Etat, peut s’appuyer sur la fameuse Division Nationale de Lutte contre le Hooliganisme (DNLH) créée en 2009 et spécialement dédiée à cet effet. Mais aussi sur un arsenal de sanctions via la commission de discipline chargée de faire respecter l’article 357 du règlement de la LFP. Ajouté à ça, les tribunaux continuent de délivrer des interdictions de stade (IDS) et les préfets s’appuient sur le contexte de l’état d’urgence pour banaliser les interdictions de déplacements de supporters visiteurs. Le tout nous donne un quadrillage presque total des stades et de leurs abords où plus rien ne doit dépasser et encore moins déborder. La loi Larrivé de 2015 couronne ce contexte répressif en permettant aux clubs de ficher les supporters. Alors que de toute évidence l’aseptisation des tribunes est sur une route bien dégagée, pour les instances  les supporters sont encore beaucoup trop turbulents. Voilà qui justifierait la multiplication des sanctions de huis clos ou huis clos partiels. De même que les amendes pour usage de fumigènes, ces huis clos s’attaquent au portefeuille des clubs pour les inciter à durcir le ton contre les ultras. Face au manque-à-gagner, les clubs s’éxécutent.

On dit souvent que les tribunes sont des laboratoires de la répression. Face à cela, les réponses des ultras restent softs: boycott, contre-parcage ou banderoles revendicatives. Rivaux dans les tribunes mais unis face à la répression, le rapport de force ne leur est pas favorable. L’irruption des supporters stéphanois lors du match à huis clos du 23 avril dernier contre Rennes témoigne, malgré le joli coup de force et le pied de nez aux instances, d’un baroud d’honneur. Vaincus par les sanctions. S’il en ressort pour certains observateurs que le « tout-répressif » à l’oeuvre atteindrait ses limites, on a assisté pour le seul mois d’avril, au huis clos de Geoffroy-Guichard, au huis clos partiel de la Beaujoire et à la suspension conservatoire du Stade de Furiani. Les instances font-elle le pari de finir par avoir les supporters à l’usure? Ces derniers à la recherche d’une passion en voie de disparition la font revivre le temps de matchs des équipes-réserve ou de Coupe Gambardella. Les débordements dans les stades français ont des airs de dernier tour de piste. Il n’y a que les apôtres du football-marchand pour s’en réjouir.

Pour aller plus loin: *Le tifo « Fuck LFP » et la pacification des tribunes (19h17.info) *#LFP Le tifo qui fait réagir la Ligue (Ohaime-passion.com) *La loi Larrivé entérine le fichage des supporters (SoFoot.fr) *Bastia prend des mesures contre ses supporters (Lessentiel.lu) *Bastia, les premières sanctions sont tombées (Sports.fr) *Bastia 1905 annonce sa mise en sommeil (Alta-frequenza.corsica) *Les supporters ne sont-ils pas aller trop loin en pénétrant dans Geoffroy Guichard? (Peuple-Vert.fr) *Pourquoi la France n’arrive pas à gérer les supporters? (20minutes.fr) *Liga: des amendes si on voit des sièges vides à la TV (rmcsport.bfmtv.com)

Le reste de l’actualité de la répression

 

Rencontre avec Casti, ultra mutilé par la police (LePoing.net)

Les mutilés et blessés graves par les tirs de flashball (LBD 40) se multiplient. Quand il s’agit de mater des habitants des quartiers populaires, des manifestants anticapitalistes ou des supporters de foot, les flics ont la gachette facile. En plus de la blessure physique irréversible, établir les responsabilités est chemin de croix perdu d’avance pour les blessés, la grande majorité des procès contre les violences policières se soldant par des non-lieux ou des peines symboliques à l’encontre des policiers jugés. La bonne vieille justice de classe! Ce n’est pas Casti, ultra montpelliérain, qui dira le contraire. Dans une interview donnée au journal Le Poing, il revient sur son rapprochement avec « l’assemblée des blessés » et le combat qu’il mène depuis quatre ans pour obtenir justice.

Cinq ans après la meurtre d’Iñigo Cabacas par la police, ses proches luttent toujours pour obtenir justice (eitb.eus)

Comme un échos venu de l’autre côté des Pyrenées, la famille d’Iñigo Cabacas attend depuis 5 ans. Iñigo Cabacas est un supporter de l’Athletic mort des suites d’un tir de flashball tiré à quelques mètres de lui par la Ertzaintza, la police basque, peu après la rencontre d’Europa Ligue opposant à San Mamès, l’Atletic Bilbao et Schalke 04, le 5 avril 2012. Iñigo est mort des suites de ses blessures quatre jours plus tard à l’hôpital de Basurto. Après cinq années de procédure judiciaire, la famille et les proches d’Inigo viennent d’obtenir de l’instruction la mise en examen de trois flics de la Erzaintza pour « homicide par imprudence professionnelle ».

Deniz Naki, joueur du club kurde Amed SK, condamné pour « propagande terroriste » par la justice d’Erdogan (7sur7.be)

Alors qu’Erdogan vient, par la magie du réferendum, de se faire attribuer les pleins pouvoirs, la situation au Kurdistan, reste très compliquée. Depuis plus d’un an l’armée turque appuyée par des escadrons de la mort, font régner la terreur au Bakur. Deniz Naki est un joueur germano-kurde qui évolue au sein du club Amed SK. Il est dans le viseur des instances du football et de la justice turque pour ses nombreuses prises de position en faveur des insurgés et combattants kurdes. Il vient d’être condamné en appel à 18 mois de prison avec sursis, après avoir été une première fois relaxé en décembre 2016.

 

« Parfois, si j’avais été là-bas, j’aurais eu les larmes aux yeux. C’est un tournant pour l’histoire de la Guyane. Et j’espère qu’au bout, comme au foot, il y aura la victoire. »

Ludovic Baal (Stade Rennais FC), « Fier de la révolte du peuple guyanais », Ouest-France

 

 

A la rencontre des Çarşı

Çarşı, à prononcer « Tcharchè », c’est le nom des fameux ultras du Besiktas, parmi les plus bruyants d’Europe.  Les Çarşı sont connus pour leur antifascisme, leurs sympathies révolutionnaires et leur implication dans de nombreux mouvements sociaux. Le 1/4 de finale de l’Europa League entre Lyon et le Besiktas fut l’occasion pour de nombreuses personnes de les découvrir. Après la provocation d’une dizaine de Bad Gones, supporters lyonnais classés à l’extrême-droite, les Çarşı ont répondu présent. Au moins 15000 supporters du Besiktas se sont retrouvés dans les travées du Parc OL, déjouant les dispositifs visant à limiter la billeterie pour les supporters turcs. On a beau chercher sur la toile des explications sur la confrontation entre les supporters des deux équipes, cet élément politique est invisible, il n’existe pas. Toujours est-il qu’au retour les supporters lyonnais n’ont pas fait le déplacement. Sur le terrain Lyon s’est qualifié pour les 1/2, mais dans les tribunes il n’y a pas eu photo.

Pour aller plus loin: *Çarşı est contre tout même contre lui-même (CQFD-journal.org) *Çarşı plus qu’un groupe de supporters, un groupe de lutte (Hajde.fr)

 

La cicatrice jamais refermée d’Hillsborough

We don’t forget, we don’t forgive. On n’oublie pas, on ne pardonne pas. Il y a 28 ans, le 15 avril 1989, mourraient 96 supporters de Liverpool écrasés contre les grilles de la tribune Leppings Lane End du stade Hillsborough de Sheffield. Les fans des Reds qui portent encore le stigmate du drame du Heysel, vont être d’emblée pointés du doigt par les autorités et les médias, l’abominable The S*n en tête. La suite sera une longue procédure mettant peu à peu à jour la responsabilité policière. Ce n’est qu’en 2016 que la justice anglaise reconnut la culpabilité de la police.

Pour aller plus loin: *On vous explique l’interminable feuilleton du football anglais (20minutes.fr) *Le dénouement d’une enquête interminable (SoFoot.fr) *Pourquoi The S*n est boycotté à Liverpool (SoFoot.fr)

Rendez-vous le 31 mai…

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