Les mamelles de Parmalat: Retour sur une décennie parmesane

Après avoir été rétrogradé en Série D (4e div.) en 2015, Le Parma Calcio 1913 vient d’accéder à la Série B et suscite de nouveau l’intérêt d’investisseurs fortunés, ce qui doit donner des sueurs froides aux tiffosi. Voici l’exemple d’un club propulsé en quelques saisons seulement aux sommets du football européen suite à l’injection massive d’argent dans ses caisses. Dans les années 90, le club de Parme qui avait passé l’essentiel de son histoire dans les divisions inférieures, porté par le géant de l’industrie laitière, Parmalat et son président Calisto Tanzi, symbole de l’Italie berlusconienne, devient un acteur incontournable du Calcio et des coupes d’Europe. Le Parme de Tanzi intègre le très sélect club des « Sette sorelle », comme on l’appelle en Italie, des clubs les plus puissants économiquement et donc sportivement: la Juventus de la famille Agnelli, le Milan AC de Berlusconi, l’Inter de Moratti, la Fiorentina de Cecchi, la Roma de Sensi et la Lazio de Cragnotti. L’histoire de Parme sera beaucoup plus courte. Dans le football moderne, le dopage financier peut avoir des effets immédiats et transformer des clubs lambdas en machine à gagner. Des machines à gagner éphémères dont la chute peut-être tout aussi vertigineuse.

Ascension express

Fondé en 1913, le club de Parme n’a pourtant rencontré le succès sportif que dans les années 90. Une parenthèse dorée dans une longue histoire anonyme dans les divisions inférieures, marquée par une première liquidation judiciaire en 1968. Le club ne se stabilise en Série B qu’à partir de la saison 86/87, avec à sa tête Arrigo Sacchi, qui rejoindra par la suite le Milan AC. La reprise du club en 1989 par le géant de l’industrie laitière Parmalat est pour beaucoup dans cette ascension fulgurante. Huitième entreprise italienne employant 35 000 personnes, Parmalat injecta d’importants fonds dans le club, qui façonna son équipe au fil des saisons. Les résultats sportifs ne se feront pas attendre, ni les premières recrues de renom. Nevio Scala, nommé à la tête de l’équipe pour la saison 89/90, en remplacement de Giampiero Vitali, obtient dans la foulée l’accession du club à l’élite (Série A), pour la première fois de son histoire. L’espoir suédois Tomas Brolin, le belge Georges Grün ou encore le gardien de but brésilien Claudio Taffarel, alors âgé de 24 ans, rejoignent le club. Suite à la mort du président Ceresini en 1990, Parmalat acquiert 98% du club. Son patron, Calisto Tanzi, devient le seul maître à bord. Il plaça alors à la tête du club Giorgio Pedraneschi, avant d’en confier les clés à son fils Stefano Tanzi de 1996 à 2004. Dès sa première saison, le club finit 5e et se qualifie pour la Coupe de l’UEFA, avant de gagner la Coupe d’Italie la saison suivante. Cette victoire face à la Juventus, club le plus titré d’Italie, emmenée par Roberto Baggio, inaugure la vitrine à trophées du club parmesan. Fort de ce premier titre national les Crociati vont enchainer, poussés par Parmalat et ses investissements. Entre temps, Alberto Di Chiara en provenance de la Fiorentina et Antonio Benarrivo de Padoue sont venus enrichir l’effectif. Recrutement très inspiré, à l’image de celui d’un tout jeune buteur colombien nommé Faustino Asprilla, véritable trouvaille la saison suivante.

Les sommets européens

La machine est lancée. Le Parme de Nevio Scala ne tarde pas à se faire un nom sur les stades européens. Après un premier rendez-vous raté avec la Coupe de l’UEFA, éliminé lors de la saison 91/92 au 1er tour par le CSKA Sofia, les parmesans vont dès leur deuxième participation décrocher les étoiles, remportant la défunte Coupe des Vainqueurs de Coupe en 1993, face aux belges du Royal Antwerp (3-1). Dans la foulée, Gianfranco Zola et Massimo Crippa arrivent du Napoli ainsi que Roberto Sensini en provenance d’Udinese. Alors que seul Taffarel quitte le club, le club ne cesse de se renforcer. Parme AC fait alors partie des favoris des compétitions européennes dans lesquelles il est engagé. Le football italien domine ce début de décennie et égraine sa réputation tactique sur l’ensemble des terrains européens. Une réputation ultra-défensive, soit dit en passant, galvaudée. Si les défenses sont solides et l’efficacité offensive redoutable est notable, mais le catenaccio est mort. Le Milan AC de Sacchi l’a définitivement enterré et a révolutionné le football italien en faisant jouer ses équipes avec un bloc haut, en 4-4-2, et une défense en zone. Plus de libéro ni de marquage individuel. Nevio Scala développe une tactique plus prudente, avec un système moins « révolutionnaire » mais tout aussi efficace, en 3-5-2, considéré comme une évolution de la « zona mista » de la fin des années 70. En 96, Carlo Ancelotti remplace Nevio Scala. Il restera au club deux saisons, à l’issue desquelles Alberto Malesani prendra le relai. L’équipe continue de grandir et remporte en 99 une seconde Coupe de l’UEFA contre l’Olympique de Marseille. L’équipe compte dans ses rangs un gardien qui s’affirmera au fil du temps comme le meilleur de sa génération: Gianluigi Buffon. Mais aussi une défense de classe mondiale autour de Fabio Cannavaro et Lilian Thuram, fraîchement champion du monde, tout comme Alain Boghossian qui évolue dans un milieu de terrain où on retrouve l’historique Dino Baggio, mais aussi Diego Fuser, Juan Sebastian Veron. L’attaque voyant un duo d’enfer affoler les défense avec Hernan Crespo et Enrico Chiesa.

Quand Parmalat tousse, c’est le Parme AC qui s’enrhume

Lors de la saison 94/95, l’équipe a fière allure. Fernando Couto (24 ans) de Porto et Dino Baggio (22 ans) de la Juventus ont rejoint les Gialloblu. Parme finira la saison à la 3e place du Calcio, mais surtout remporta un nouveau trophée, et non des moindres: la Coupe de l’UEFA. Une nouvelle fois aux dépens de la Juventus. Dino Baggio transfuge turinois, marqua au match aller et au match retour, crucifiant ses anciens partenaires. Ces deux buts résumeraient presque à eux seuls le flaire des recruteurs parmesans. On croirait à une bonne étoile, mais l’essentiel de ce succès repose sur la firme Parmalat, et son patron Calisto Tanzi qui a propulsé le club à coup de milliards de lires. Recette simple dans un football où l’argent est pour beaucoup dans les résultats. Problème c’est aussi une recette qui offre un succès souvent éphémère. Le nom de Tanzi appartient à la grande bourgeoisie parmesane, avec les Barilla. Dans l’Italie berlusconienne de la fraude fiscale, de la corruption et du trucage de comptes, autant dire que ces indusriels semblent intouchables. A la façon d’un Berlusconi, Calisto Tanzi en plus de posséder un club de football, avait investi dans les médias, comme tout oligarque qui se respecte. Le type de personnage sur lequel on ne se presse pas pour enquêter. Trop risqué sûrement de tomber trop vite sur une magouille du style de celle qui consistait à détourner de l’argent, environ 500 millions d’euros au total, vers la société de sa fille. Un sens de la famille auquel ont très peu goûté les actionnaires. Fraude, corruption, et autre délinquence en col blanc est somme toute assez banale. Jamais mieux servi que par soi-même, sous Berlusconi, la falsification des bilans financiers des entreprises a été dépénalisée. Parmalat va épuiser ce filon jusqu’à la moelle, trafiquant les bilans pendant une quinzaine d’années, pour dissimuler les pertes. Le petit manège a duré près de 10 ans, allant jusqu’à contrefaire des documents bancaire. Ce fut la goutte d’eau, la Bank of America découvrit la supercherie en décembre 2003. On parle alors de « l’affaire Parmalat » et d’un trou de 10 milliards d’euros. D’autres chiffres parlaient même de 13 milliards, soit 1% du PIB de l’Italie. Sur le plan sportif, le club a remporté son dernier trophée avec la victoire en Coupe d’Italie en 2002. Deux ans plus tard, le club est enseveli sous les dettes qui s’élèvent à 77 millions d’euros. La suite aussi est classique. Le club est contraint de se séparer de ses meilleurs éléments pour faire face à la crise. L’échéance est un peu retardée mais la fin est proche. Racheté en 2007, le club descend en Série B en 2008. Après être remonté dans la foulée, de nouveau endetté, déclaré en faillite, le club sera relégué en Série en 2015.

 

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