Le Mercato et la continuité du spectacle

 

Nous reproduisons l’édito écrit pour notre revue de presse mensuelle – Décrassage #1.

La saison est finie mais «The show must go on» comme on dit. Lors de cette trêve estivale, s’ouvre la période appelée « mercato » autrement dit la période des transferts. Celle des marchandages, celle des plus-value réalisées par les clubs qui cherchent à revendre à prix d’or certains de leurs joueurs. Celle des foires d’empoigne autour de l’acquisition de certaines stars en devenir. Au fil du temps, cette période devenue un objet médiatique à part entière et permet d’assurer un pont entre deux saisons et maintenir les fans sur le grill quitte à inventer de l’info. Et pour ça les rumeurs de transfert sont un outil parfait.

Depuis les années 90 et l’ère intensive du « football moderne », la valeur marchande des joueurs a explosé, réaction logique au gonflement de la bulle des droits télé. Intermédiaires, agents ou autres fonds d’investissement qui possèdent des « parts » de joueurs, jouent tous à fond la carte de la médiatisation des transferts, à coup d’intox répétitives visant à faire monter les enchères autour de leurs joueurs. Alimentant ainsi les gazettes de ce football-spectacle dans une période où il n’y a plus de matchs. Car c’est là l’autre enjeu de cette période et de l’utilisation commerciale qui en faite par les Ligues mais aussi les agents et les médias:  faire que la saison ne s’arrête finalement pas. D’où les feuilletons à rebondissements. Ousmane Dembelé a-t-il choisi entre le Barça ou le PSG? Marco Verrati va-t-il quitter le PSG? Où va signer Kyllian Mbappé? Qu’attend l’OM pour recruter? etc. Quotidiennement, des articles visant à vendre du papier ou du clic sur internet prolongent l’activité de la L1, quand  bien même il n’y a rien à dire. Même hors saison il faut vendre. De là à inventer d’improbables tractations entre le Stade Rennais et André-Pierre Gignac, il n’y a qu’un pas.

L’exemple du draft. Sur le blog de l’Observatoire du Sport Business, Franck Pons détaille comment en Amérique du Nord, le phénomène du draft sert à assurer, comme il est écrit dans le titre de l’article, que « la saison ne s’arrête jamais ». Le draft remplit un rôle stratégique pour les diverses ligues fermées que sont la NHL (Hockey sur glace), la NFL (Football américain) et surtout la NBA (Basket-ball) dont l’intérêt dépasse les frontières du continent nord-américain. On est là face à ce qui se fait de « mieux » en terme de stratégie de développement économique appliqué à l’industrie du sport spectaculaire-marchand. Voici l’utopie capitaliste à laquelle aspirent les clubs de football européens les plus riches. Car le draft est intimement lié à la nature des ligues américaines constituées de franchises s’affrontant au sein de ligues fermées, c’est à dire sans monter ni descente dans une division inférieure. En parallèle du marché des transferts classiques de l’intersaison, il s’agit d’un vaste marché centralisé des meilleurs joueurs arrivés en fin de cycle universitaire. Le fonctionnement du draft veut que les équipes les plus faibles des saisons précédentes choisissent les meilleurs universitaires. Une idée donc qui doit germer dans les têtes de certains dirigeants de gros clubs européens. Une manière de maintenir l’attractivité en évitant qu’l existe un trop gros décalage de niveau entre les diverses franchises. Ainsi aux Etats-Unis, le draft est un événement médiatique à part entière, mis en scène comme un véritable show, avec les retombées financières des contrats publicitaires et des droits télé, mobilisant plusieurs millions de téléspacteurs.

On en n’est pas encore là concernant la L1, mais l’utilisation de la période des transferts comme participant d’une stratégie commerciale globale visant à assurer la promotion des championnats, à grand renfort de têtes de gondole, témoigne d’une volonté similaire. Ainsi, les fans restent connectés. Sommes-nous à l’aube de l’organisation d’un événement télévisé mettant en scène le mercato européen? Les médias et les émissions spécialisées quotidiennes assurent pour le moment cette mission. Malgré les ambitions de certains propriétaires, on n’est pas (encore) non plus dans un système de ligue fermée qui permettrait de centraliser le mercato sur deux ou trois jours. Mais pour l’heure, l’essentiel est sauvé: la continuité du spectacle.

*Le draft mode d’emploi… ou comment faire que la saison ne s’arrête jamais (blog.lefigaro) *Didier Quillot (LFP) « Nous espérons un mercato animé » (lequipe.fr)

 

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