23 août 2014: Qui a tué Albert Ebossé? Enquête et contre-enquête au point mort

Ce n’est pas le titre d’un mauvais polar, même si ça peut y laisser penser. C’est que les zones d’ombre sur les conditions de la mort de l’avant-centre de la JS Kabylie survenue fin août 2014, à l’issue du match perdu à domicile contre l’USM Alger, restent nombreuses à ce jour. Les questions posées sur ce qui s’est réellement passé dans le tunnel menant aux vestiaires où est mort le joueur, restent à ce jour sans réelle réponse. Une chose semble avérée, la version officielle est loin d’être indiscutable.

Le cercueil d’Albert Ebossé peu avant son rapatriement au Cameroun.

« C’était chaud, les supporters mécontents ont commencé à jeter des pierres grosses comme mon poing. Je suis arrivé trente secondes après car je venais de l’autre côté du terrain. Quand je suis arrivé près du tunnel, j’ai vu Albert couché sur le sol, à l’entrée. On m’a dit qu’il avait été touché par un projectile. » Ainsi témoigne Hugo Broos, coach de la JSK au moment des faits.

Malgré les premières déclarations contradictoires du président de la JSK, l’homme d’affaire Mohand Hannachi, faisant état d’une crise cardiaque, la version relayée aux quatre coins du globe met en cause les bouillants supporters de la JSK. Ils sont unanimement accusés d’être responsables de la mort du joueur par leurs jets de projectiles à l’issue de la partie. Mais suite à la contre-autopsie demandée par la famille Ebossé, la thèse de « l’ardoise tranchante jetée depuis les tribunes », répétée en boucle par la direction de la JSK, a pris un sérieux plomb dans l’aile. Les soupçons semblent s’orienter alors vers la police algérienne et quelque commanditaire inconnu, mais comme on peut s’en douter, ces soupçons se heurtent à de nombreux obstacles.

Pour le compte de sa contre-enquête journalistique paru dans le So Foot de septembre 2015, Christophe Gleizes s’est rendu à Tizi-Ouzou où il a rencontré des partenaires d’Ebossé, d’anciens joueurs et des supporters des « Canaris ». L’occasion d’approcher de plus près le club d’une région que le pouvoir autoritaire algérien peine à discipliner, et dont la JSK est un des porte-drapeaux. On comprend dans l’article qu’il n’est pas aisé de parler au sujet de la mort d’Albert Ebossé et que le climat autour du club, qui a été lourdement sanctionné au niveau international suite au drame, ne facilite pas la palabre. Le président Mohand Hannachi, perçu en plus comme un pantin du régime de Bouteflika, était alors de plus en plus contesté, s’accrochant au pouvoir comme un vulgaire cacique, jusqu’à se destitution en août 2017.

Un contexte autour du club kabyle qui laisse penser à beaucoup qu’il y a eu une volonté manifeste de la part des auteurs ou des commanditaires de faire porter le chapeau aux supporters. La tribune au dessus du tunnel, habituellement fermée, avait été ce jour-là étonnamment ouverte, et le tunnel rétractable jusque sur le terrain pour protéger les joueurs des jets de projectiles n’avait pas été déplié. Et puis la contre-autopsie pratiquée au Cameroun accrédite la thèse d’un passage à tabac où le joueur aurait reçu plusieurs coups.

Celle-ci a été menée par le Dr Albert Mouné qui conclue que « d’après examen des blessures, le scénario vraisemblable est qu’Albert Ebossé a été immobilisé de force. On lui a pris le bras gauche vers l’arrière et, en se débattant, son épaule s’est déboîtée. Il a dû se débattre et a reçu un coup sur le crâne, sur la calotte crânienne. Cela a fait vaciller les os de la base du crâne, d’où la présence de liquide céphalo-rachidien. »

Quatre mois après la mort du joueur, la Justice algérienne a ouvert une enquête, mais de grands doutes subsistent quant à sa volonté de répondre aux attentes des proches du joueur. Le pouvoir algérien, via le Ministre des Sports Mohamed Tahmi, déclare « écarter complètement la thèse de l’acte prémédité ». Thèse apprement défendue par l’avocat de la famille du joueur, rapport de la contre-autopsie en main.

Autre élément troublant, des images du retour aux vestiaires montrant Albert Ebossé encore debout à l’entrée du tunnel, entouré de policiers anti-émeute. Les images laissent penser qu’il ne peut plus vraiment être atteint par un projectile.

Un an après, c’est la BBC qui a essayé par la voie d’un documentaire de démêler les noeuds entourant cette histoire. La famille d’Albert Ebossé y fait part de son désarroi devant l’absence d’explications. « Nous n’avons pas de réponses, ni de la JS Kabylie, ni du gouvernement algérien, et c’est extrêmement troublant. Il est très important pour nous de connaitre la vérité. Nous sommes traumatisés » raconta Julio Bodjongo Ebossé, frère du joueur, au micro de la BBC. Elle en appelle aussi aux instances gouvernantes du football, à la FIFA et à la Confédération Africaine de Football.

A ce jour, la Justice algérienne, restée sur la thèse du projectile, n’a jamais révélé les résultats de l’enquête.

 

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Sources:

« Mais qui a tué Albert Ebossé? » par Michaël Forest, publié le 20 décembre 2014, sur So Foot.com

« Le père du défunt footballeur Albert Ebossé accuse la JS Kabylie« , publié le 23 décembre 2014 sur RFI

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