Décrassage n°1 – Edito & Revue de presse

#Juin2017. Voici ce que nous avons retenu du joli mois de mai, mais aussi du mois de juin. Car de fait, de grosses galères avec facebook qui a fait fermer la page Sport & Lutte des Classes – Les Cahiers d’Oncle Fredo, nous ont ralenti dans l’élaboration d’une revue de presse et d’un édito satisfaisants pour le 31 mai dernier comme initialement annoncé. Nous l’avons donc décalé d’un mois. Le projet de « Décrassage » reste celui d’être un édito accompagné une revue de presse subjective. Une sorte de débriefing critique de l’actu du mois fait de courtes notes, de citations et de liens vers les articles qui nous ont plu. C’est partiel et partial, mais c’est ce dont on a envie de jacter.

 

Vider les tribunes puis taxer les tribunes vides

La fin de la saison est l’occasion de faire les comptes. La LFP, en bonne entreprise capitaliste, a dressé celui des recettes billeterie. «Elles sont à la hausse!» se réjouit la Ligue. La billeterie ne représente que 10% des rentrées d’argent des clubs de L1. Pas grand-chose comparé à la répartition des droits télé. En parallèle, la LFP réfléchit à des sanctions financières contre les clubs qui afficheraient des tribunes vides lors des retransmissions télé, type de sanctions déjà pratiquées en Liga espagnole. Des tribunes vides ou parsemées, ce n’est pas télégénique. Avec la répression comme fil conducteur, et de nombreuses suspensions de tribunes et huis clos prononcés contre les clubs et leurs supporters, la LFP pousse encore le bouchon plus loin. Compte-t-elle sanctionner les clubs à qui elle impose de jouer à huis clos?

*Des affluences et des recettes billeterie à la hausse (lfp.fr) *Droits télé 2016/2017: l’ogre Première League et les autres (CoulissesDuFootBusiness.com) *L1 – Classement des recettes billeterie de la saison 2015/2016 (ecofoot.fr) *La LFP réfléchit à des sanctions financières contre les tribunes vides (Lequipe.fr)

Reconnaissance faciale pour tous

Lors de la finale de la dernière Champions League à Cardiff il se jouait un autre rendez-vous important sur le plan du fichage de masse. La police galloise a profité de l’événement pour tester la technologie de reconnaissance faciale, l’AFR (Automatic Facial Recognition), préalablement testée sur les participants au carnaval de Notting Hill à Londres. Cette innovation est le fruit d’un contrat de 5 ans passé entre la police du Pays de Galles et une entreprise chargée d’équiper le matériel de surveillance. Il s’agit d’un logiciel qui permet aux diverses caméras de surveillance d’abord d’enregistrer les visages avant de les comparer avec la base de données policière qui compte plus de 500 000 suspects. Un enjeu pour la police qui peut utiliser ce dispositif de surveillance contre une foule massive, en vue de le réutiliser dans d’autres contextes comme les manifestations ou les émeutes. Les abords des stades font toujours office de laboratoires pratiques à la répression des foules.

*Pays de Galles: les visages de tous les supporters seront scannés lors de la finale de la Champions League (SecoursRouge.org) *Finale de la Ligue des Champions: Cardiff veut contrôler les visages des 170 000 spectateurs (Numerama.com) *Ligue des Champions: le toit du Millenium Stadium fermé par sécurité (Europe1.fr) *La police britannique a fait sa première arrestation grâce à la reconnaissance faciale (SiecleDigital.fr)

Ce football qui n’assume pas son dopage

Le 25 juin dernier, l’édition dominicale du Daily Mail révélait que lors de la Coupe du Monde 2014 l’équipe nationale de Russie avait bénéficié d’un programme de dopage organisé. Tout cela dans un contexte où un certain nombre de sportifs et de fédérations russes ont déjà été attrappés suite au rapport McLaren portant sur le trucage des tests anti-dopage lors des J.O de Sotchi en 2014. Alors que la presse internationale s’égosille sur les récentes révélations concernant la sélection nationale russe de football, un article du journal suisse Le Temps nous rappelle combien, malgré les oeillères des instances, les présomptions de dopage sont présentes dans le football, et ces présomptions dépassent très largement la seule Russie. Ce n’est pas Sebastián Driussi, Camilo Mayada et Lucas Martinez, tous les trois joueurs de River Plate récemment contrôlés positifs, qui diront le contraire. Les habitudes des staffs médicaux sont pointés du doigt. Mais plusieurs personnalités du football se plaisent à dire que le dopage n’y aurait aucun impact.

*Ce dopage que le football ne veut pas voir (LeTemps.ch) *Dopage: l’impossible suspension des footballeurs russes (LeMonde.fr)

Rapport Garcia: une énième couche de merde sur la FIFA

Bouclé depuis près de trois ans, ce rapport portant sur les soupçons de corruption au sein de la FIFA concernant les attributions des Mondiaux de 2018 en Russie et de 2022 au Qatar, était gardé gardé confidentiel par l’instance gouvernante du football internaional. Tout juste une note de synthèse fut produite par H-J Eckert du comité d’éthique. Il y convenait de « conduites douteuses », l’air de dire qu’i n’y avait pas de quoi fouetter un chat. Il aura fallu que le journal allemand Bild, qui finit par mettre la main dessus, menace de le rendre publique pour que la FIFA se décide à le devancer. On y apprend qu’il y a eut des pots-de-vin, notamment un versement très louche de 2 millions de dollars sur le compte épargne de la jeune fille, âgée de 10 ans, d’un membre de la FIFA. Voilà. Mais pour l’ensemble des médias, il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent. En effet, aucune preuve formelle de corruption n’est apportée. Ce qui finalement ravit tout le monde, la FIFA, le Qatar et… les médias français qui en profitent pour laver l’honneur de Michel Platini. Quant à nous, un seul mot d’ordre nous semble répondre à ça: Pour un football sans FIFA!

*FIFA: le Rapport Garcia (enfin) révélé, nouveaux soupçons sur l’attribution de la Coupe du Monde au Qatar  (LeMonde.fr) *En publiant un rapport secret, la FIFA tente de se refaire une virginité (LeMonde.fr) *Qatar 2022: 2 millions de dollars versés à la fille, âgée de 10 ans, d’un dirigeant de la FIFA? (Sport24.LeFigaro.fr) *Le Qatar réagit à la publication du Rapport Garcia (SoFoot.fr)

Vers le retour des « terraces »?

Après avoir pacifié les tribunes à grand coup de suppression des places debout et d’augmentation du prix des billets, l’ambiance feutrée des stades commencerait-elle à poser problème à certains clubs? Un club de League One (équivalent de la 3e division), le Shrewsbury Town FC va expérimenter la remise en place d’une tribune debout. Bien sûr, il ne s’agirait pas d’un retour aux mythiques standing terraces, mais d’un aménagement via les rails seats, système sécurisé de balustrades et de sièges pliables pour pouvoir assister au match debout et animer la tribune. Cela concernera environ 500 places sur les 10 000 que contient le stade. Système déjà expérimenté sur une petite portion du stade du Celtic Glasgow, uniquement en championnat et en coupe, car l’UEFA l’interdit en Coupe d’Europe.

*Shrewsbury et le retour d’une tribune « debout » en Angleterre (SoFoot.fr) *Shrewsbury Town FC sera le premier club anglais à mettre en place des tribunes debout sécurisées (FootballStories.Konbini.com)

Ça continue de jouer le 5 mai

Depuis le drame de Furiani le 5 mai 1992, où l’effondrement d’une tribune assemblée à la va-vite coûta la vie à 18 personnes (2300 blessés), le collectif du 5 mai continue de réclamer qu’aucun match ne soit joué à cette date, en hommage aux victimes. Car bien sûr, il y a toujours des matchs programmés le 5 mai. Ce fut le cas lors du match avancé de la 36e journée de L1 avec un Saint-Etienne-Bordeaux. Les ultras stéphanois ont répondu à cet entêtement de la Ligue par le boycott des tribunes et plusieurs banderoles explicites, dans le virage et à l’extérieur du stade. La solidarité des supporters de l’ASSE a été appréciée jusqu’en Corse, et relevée par Christophe Galtier, coach des Verts: «J’apprécie cet élan de solidarité, parce que la solidarité fait aussi partie de l’Adn du club (…), qu’il y ait cette solidarité envers les supporters de différents clubs et notamment de nos amis Bastiais, ça se respecte».

Ouvriers en train de construire le toit de la tribune Est en 1934.

Ciao White Hart Lane

Après la destruction de Boleyn Ground, antre historique de West Ham, l’an dernier, celle d’un autre stade mythique a commencé. Les bulldozers ont entamé leur besogne d’arrachage de la pelouse de White Hart Lane, le stade de Tottenham depuis 120 ans. Les Spurs quittent leur antre pour aller jouer dans une enceinte ultra-modernisée, avec 15 000 places de plus. Après Highbury (stade d’Arsenal) et Boleyn Ground (stade de West Ham), un trait supplémentaire vient d’être tiré sur l’histoire de ce club, et plus largement du football londonien. En guise d’hommage aux oubliés de la longue histoire de ce stade, nous optons pour ces quelques vers du poème de Bertolt Brecht, Questions que se pose un ouvrier qui lit:

Babylone, plusieurs fois détruite,
Qui tant de fois l’a reconstruite ? Dans quelles maisons
De Lima la dorée logèrent les ouvriers du bâtiment ?
Quand la Muraille de Chine fut terminée,
Où allèrent ce soir-là les maçons ?  Rome la grande
Est pleine d’arcs de triomphe. Qui les érigea ?

 

Le Mercato et la continuité du spectacle

La saison est finie mais «The show must go on» comme on dit. Lors de cette trêve estivale, s’ouvre la période appelée « mercato » autrement dit la période des transferts. Celle des marchandages, celle des plus-value réalisées par les clubs qui cherchent à revendre à prix d’or certains de leurs joueurs. Celle des foires d’empoigne autour de l’acquisition de certaines stars en devenir. Au fil du temps, cette période devenue un objet médiatique à part entière et permet d’assurer un pont entre deux saisons et maintenir les fans sur le grill quitte à inventer de l’info. Et pour ça les rumeurs de transfert sont un outil parfait.

Depuis les années 90 et l’ère intensive du « football moderne », la valeur marchande des joueurs a explosé, réaction logique au gonflement de la bulle des droits télé. Intermédiaires, agents ou autres fonds d’investissement qui possèdent des « parts » de joueurs, jouent tous à fond la carte de la médiatisation des transferts, à coup d’intox répétitives visant à faire monter les enchères autour de leurs joueurs. Alimentant ainsi les gazettes de ce football-spectacle dans une période où il n’y a plus de matchs. Car c’est là l’autre enjeu de cette période et de l’utilisation commerciale qui en faite par les Ligues mais aussi les agents et les médias:  faire que la saison ne s’arrête finalement pas. D’où les feuilletons à rebondissements. Ousmane Dembelé a-t-il choisi entre le Barça ou le PSG? Marco Verrati va-t-il quitter le PSG? Où va signer Kyllian Mbappé? Qu’attend l’OM pour recruter? etc. Quotidiennement, des articles visant à vendre du papier ou du clic sur internet prolongent l’activité de la L1, quand  bien même il n’y a rien à dire. Même hors saison il faut vendre. De là à inventer d’improbables tractations entre le Stade Rennais et André-Pierre Gignac, il n’y a qu’un pas.

L’exemple du draft. Sur le blog de l’Observatoire du Sport Business, Franck Pons détaille comment en Amérique du Nord, le phénomène du draft sert à assurer, comme il est écrit dans le titre de l’article, que « la saison ne s’arrête jamais ». Le draft remplit un rôle stratégique pour les diverses ligues fermées que sont la NHL (Hockey sur glace), la NFL (Football américain) et surtout la NBA (Basket-ball) dont l’intérêt dépasse les frontières du continent nord-américain. On est là face à ce qui se fait de « mieux » en terme de stratégie de développement économique appliqué à l’industrie du sport spectaculaire-marchand. Voici l’utopie capitaliste à laquelle aspirent les clubs de football européens les plus riches. Car le draft est intimement lié à la nature des ligues américaines constituées de franchises s’affrontant au sein de ligues fermées, c’est à dire sans monter ni descente dans une division inférieure. En parallèle du marché des transferts classiques de l’intersaison, il s’agit d’un vaste marché centralisé des meilleurs joueurs arrivés en fin de cycle universitaire. Le fonctionnement du draft veut que les équipes les plus faibles des saisons précédentes choisissent les meilleurs universitaires. Une idée donc qui doit germer dans les têtes de certains dirigeants de gros clubs européens. Une manière de maintenir l’attractivité en évitant qu’l existe un trop gros décalage de niveau entre les diverses franchises. Ainsi aux Etats-Unis, le draft est un événement médiatique à part entière, mis en scène comme un véritable show, avec les retombées financières des contrats publicitaires et des droits télé, mobilisant plusieurs millions de téléspacteurs.

On en n’est pas encore là concernant la L1, mais l’utilisation de la période des transferts comme participant d’une stratégie commerciale globale visant à assurer la promotion des championnats, à grand renfort de têtes de gondole, témoigne d’une volonté similaire. Ainsi, les fans restent connectés. Sommes-nous à l’aube de l’organisation d’un événement télévisé mettant en scène le mercato européen? Les médias et les émissions spécialisées quotidiennes assurent pour le moment cette mission. Malgré les ambitions de certains propriétaires, on n’est pas (encore) non plus dans un système de ligue fermée qui permettrait de centraliser le mercato sur deux ou trois jours. Mais pour l’heure, l’essentiel est sauvé: la continuité du spectacle.

*Le draft mode d’emploi… ou comment faire que la saison ne s’arrête jamais (blog.lefigaro) *Didier Quillot (LFP) « Nous espérons un mercato animé » (lequipe.fr)

 

 

 

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